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Message par éma le Mer 04 Juil 2007, 22:47

Rappel du premier message :

.


Dernière édition par le Mar 20 Nov 2007, 03:47, édité 2 fois

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Message par SAID.TGC le Lun 04 Fév 2008, 13:13

Le vocabulaire de ce roman semble être "trop" difficile, Balzac est connu par la description profonde et méticuleuse, celui qui parviendra à lire "Le père Goriot" entièrement en utilisant le dictionnaire, réalisera sans doute une grande amélioration de son niveau du français.

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Message par SAID.TGC le Jeu 07 Fév 2008, 15:10

"Goriot" n'est qu'un nom, il n'a aucun sens.

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Message par alemohanade le Mer 20 Fév 2008, 03:12

INTRODUCTION

Faire en
histoire un mémoire de maîtrise à partir du Père
Goriot
de Balzac peut sembler de prime abord quelque peu surprenant.
Pourtant, cela ne correspond qu’à la ferme volonté de combler un vide.
Tenter de répondre à des questions non résolues ou non abordées n’est
certes pas chose facile mais c’est dans tous les cas une quête très
motivante pour tout historien digne de ce nom. Voilà pourquoi nous avons choisi
de nous intéresser à la question des rapports entre l’histoire et la littérature.


Ce domaine de recherche est une nouvelle
branche de l’histoire. À notre connaissance, à ce jour peu de travaux ont été
effectués sur ce sujet. Certes, nombre d’historiens ou de littéraires se
sont penchés sur la question du rapport histoire / littérature mais, systématiquement,
ils l’ont abordé de façon « égoïste », soit en tant
qu’historiens, soit en tant que littéraires. C’est la raison pour laquelle
nous avons axé notre mémoire de maîtrise autour de cette question
fondamentale puisqu’elle devrait nous permettre de démontrer que la littérature
peut apporter une nouvelle source documentaire à l’historien.


Mais attention, un sujet traitant de la
question des articulations pouvant exister entre l’histoire et la littérature
mérite quelques explications préalables. Il est évident qu’il ne s’agit
pas pour nous de faire une histoire de la littérature ou a
contrario
une histoire subjective calquée uniquement sur la source littéraire.
Si les rapports entre histoire et littérature sont complexes, parfois
contradictoires, il n’en est pas moins vrai qu’une telle étude peut s’avérer
enrichissante. Mais comment (re)lier histoire et littérature ? La première
étape consiste à bien définir les termes en présence. Ainsi, l’histoire
peut être considérée comme une science humaine dont l’objet est l’étude
du passé tandis que la littérature livre les écrits relevant d’une culture,
d’une époque, d’un genre. Dès lors, il semble possible de créer entre ces
deux disciplines, que tout sépare à l’origine (véracité des faits face à
histoire romancée), un pont sur lequel pourrait s’établir un dialogue. La
seconde étape est une étape dite de légitimation. Il s’agit de prouver que
le matériau littéraire peut servir de source documentaire au même titre que
tout autre document historique. Pour étayer cette affirmation, nous nous
appuyons sur les propos de nombreux historiens, hommes de lettres et
philosophes. D’abord, en toute logique, pourquoi ne pas se fier aux écrits
des littéraires ? La littérature ne serait-elle pas tout simplement une
source documentaire encore oubliée à ce jour. Pour sa part, Paul Veyne déclare
que le « non-événementiel, ce sont des événements non encore salués
comme tels : histoire des terroirs, des mentalités, de la folie ou de la
recherche de la sécurité à travers les âges. On appellera donc non-événementiel
l’historicité dont nous n’avons pas conscience comme telle[1] ».
Or, nous pensons que la littérature mérite de figurer dans un champ historique :
« les vérités historiques qui passent pour acquises ne sont-elles pas
susceptibles d’être renversées par de nouvelles découvertes ?[2] » En fait, le
principal obstacle auquel nous sommes confrontés réside dans l’idée que le
roman fut longtemps l’objet d’analyses abstraitement idéologiques et de
jugements de publicistes. On négligeait complètement les problèmes concrets,
ou on les examinait à la légère, sans principe aucun[3].
Certes, il est difficile de changer les mentalités mais l’intérêt du roman
est indéniable. Le roman permet d’introduire dans son entité toutes espèces
de genres, tant littéraires (nouvelles, poésies, saynètes) qu’extra-littéraires(textes
scientifiques, religieux)[4].
Le roman a bien en lui quelque chose d’historique. Paul Ricoeur déclare que
« le récit de fiction est quasi historique dans la mesure où les événements
irréels qu’il rapporte sont des faits passés pour la voix narrative qui
s’adresse au lecteur : c’est ainsi qu’ils ressemblent à des événements
passés et que la fiction ressemble à l’histoire[5] ».
Certains auteurs vont même plus loin, en mettant sur un pied d’égalité
l’histoire et la littérature. Ainsi, la discipline historique et le roman
historique sont historiques en ce sens qu’ils sont pris dans un moment
particulier, dans un contemporain[6].
Pour André Daspre, à partir du moment où le romancier se place au point de
vue de l’historien, il faut bien juger son texte comme on a l’habitude
d’apprécier celui d’un historien. Que la relation de vérité entre le
texte littéraire et la réalité soit variable, plus ou moins rigoureuse, cela
est indiscutable mais il en va de même pour un texte historique : la
valeur objective de l’analyse historique ne dépend pas de l’œuvre
(romanesque ou historique) dans laquelle on la trouve, mais de la conception de
l’histoire que se fait l’auteur. Le roman historique paraît donc capable
d’apporter une connaissance objective de l’histoire, non seulement au niveau
(documentaire) de la représentation du réel, mais également par une analyse
historique qui peut être d’aussi bonne qualité que celle d’un livre
historique. Il faut donc se demander quel genre de connaissance historique peut
apporter la construction romanesque d’un monde imaginaire – et s’il
s’agit là d’une connaissance spécifique que l’historien n’atteint pas[7]. Le roman a
incontestablement beaucoup à apporter à l’histoire. « Histoire secrète
ou confession, pseudo-mémoire ou nouvelle historique révèlent la vocation
profonde du roman, inséparable et complémentaire de l’histoire[8]. »
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Message par alemohanade le Mer 20 Fév 2008, 03:14

Entre ces deux personnages et les autres, Vautrin, l'homme de quarante ans, à favoris peints, servait de transition. Il était un de ces gens dont le peuple dit : Voilà un fameux gaillard ! Il avait les épaules larges, le buste bien développé, les muscles apparents, des mains épaisses, carrées et fortement marquées aux phalanges par des bouquets de poils touffus et d'un roux ardent. Sa figure, rayée par des rides prématurées, offrait des signes de dureté que démentaient ses manières souples et liantes. Sa voix de basse-taille, en harmonie avec sa grosse gaieté, ne déplaisait point. Il était obligeant et rieur. Si quelque serrure allait mal, il l'avait bientôt démontée, rafistolée, huilée, limée, remontée, en disant : Ça me connaît. Il connaissait tout d'ailleurs, les vaisseaux, la mer, la France, l'étranger, les affaires, les hommes, les événements les lois, les hôtels et les prisons. Si quelqu'un se plaignait par trop, il lui offrait aussitôt ses services. Il avait prêté plusieurs fois de l'argent à madame Vauquer et à quelques pensionnaires ; mais ses obligés seraient morts plutôt que de ne pas le lui rendre, tant, malgré son air bonhomme, il imprimait de crainte par un certain regard profond et plein de résolution. À la manière dont il lançait un jet de salive, il annonçait un sang-froid imperturbable qui ne devait pas le faire reculer devant un crime pour sortir d'une position équivoque. Comme un juge sévère, son œil semblait aller au fond de toutes les questions, de toutes les consciences, de tous les sentiments. Ses mœurs consistaient à sortir après le déjeuner, à revenir pour dîner, à décamper pour toute la soirée, et à rentrer vers minuit, à l'aide d'un passe-partout que lui avait confié madame Vauquer. Lui seul jouissait de cette faveur. Mais aussi était-il au mieux avec la veuve qu'il appelait maman en la saisissant par la taille, flatterie peu comprise ! La bonne femme croyait la chose encore facile, tandis que Vautrin seul avait les bras assez longs pour presser cette pesante circonférence. Un trait de son caractère était de payer généreusement quinze francs par mois pour le gloria qu'il prenait au dessert. Des gens moins superficiels que ne l'étaient ces jeunes gens emportés par les tourbillons de la vie parisienne, ou ces vieillards indifférents à ce qui ne les touchait pas directement, ne se seraient pas arrêtés à l'impression douteuse que leur causait Vautrin. Il savait ou devinait les affaires de ceux qui l'entouraient, tandis que nul ne pouvait pénétrer ni ses pensées ni ses occupations. Quoiqu'il eut jeté son apparente bonhomie, sa constante complaisance et sa gaieté comme une barrière entre les autres et lui, souvent il laissait percer l'épouvantable profondeur de son caractère. Souvent une boutade digne de Juvénal, et par laquelle il semblait se complaire à bafouer les lois, à fouetter la haute société, à la convaincre d'inconséquence avec elle-même, devait faire supposer qu'il gardait rancune à l'état social, et qu'il y avait au fond de sa vie un mystère soigneusement enfoui. »

Pour le commentaire...

* Nous sommes ici dans les premières pages du roman. La pension Vauquer et ses pensionnaires vient d'être évoquée. La description a été faite selon le critère de la fortune, description ordonnée selon la hiérarchie sociale. L'analyse se focalise ensuite sur les personnages : Monsieur Poiret, Melle Michonneau, Mme Couture, etc., et Vautrin.
* Vautrin a droit à un véritable portrait : d'abord un portrait physique, puis un portrait psychologique, portrait qui mène à l'évocation des mœurs (habitudes de vie). S'ensuit une conclusion qui laisse une impression douteuse, une ambiguïté fondamentale. En fait tout le portrait tend à cette conclusion.
* Un portrait physique
o La première phrase a deux fonctions : elle est d'abord une phrase de transition, puis elle est une introduction et une définition. L'article défini dans le syntagme "l'homme de quarante ans" signale qu'il a déjà été question du personnage précédemment. L'expression "favoris peints" annonce la définition du personnage : il est coquet, il a quarante ans, c'est-à-dire l'âge où l'on se marie au XIXe siècle. On sait par ailleurs que Vautrin a une perruque noire : on peut en conclure que les favoris peints et cette perruque constituent un camouflage. La deuxième phrase entame le portrait physique du personnage. Le regard sur Vautrin n'est pas assumé par le narrateur. L'adjectif "gaillard", qui exprime à la fois la gaieté et le défi, fait susciter une forme d'admiration. L'allitération en [l] accentue le caractère imposant du personnage. De même, le syntagme "des mains épaisses" (contrairement à l'aristocrate qui porte des gants) fait que la description du personnage est liée à une certaine force. Le regard se porte sur les épaules, puis sur le buste, la musculature, et les mains ("poils touffus et d'un roux ardent") —› le personnage a un caractère fauve, il est décrit selon des traits physiognomoniques : le physique relève du caractère moral ; le physique permet de conclure sur le caractère du personnage. L'évocation de la rousseur, des favoris peints peut faire penser que le personnage veut camoufler l'aspect fauve qui est en lui : l'animalité est en filigrane dans le texte. Vautrin veut dissimuler son tempérament. Le regard se porte ensuite sur le visage : les rides, là encore, dissimulent le visage. L'expression "sa voix de basse-taille" (comme la voix d'un chanteur) n'est pas sans nous rappeler qu'on apprendra plus tard dans le roman que Vautrin a un goût prononcé pour certains airs connus à l'époque. L'évocation de la voix est aussi une transition qui sépare le portrait physique du portrait moral. Nous avons affaire à un portrait équivoque : il est à la fois effrayant et séduisant.
* Un portrait moral
o L'idée de serviabilité est apparente. Vautrin a des compétences suspectes : elles concernent l'effraction. Vautrin a également des compétences plus étendues, des connaissances qui sont liées à la fuite. On apprend qu'il rend facilement service, et qu'il fait même preuve d'empressement. En ce qui concerne l'argent, Vautrin paraît d'ores et déjà suspect. Il est au deuxième étage de la pension Vauquer, qui est une pension misérable. Le personnage est faux : seul son « air » est « bonhomme » ; il inspire même la « crainte ». Son regard jouit d'un certain magnétisme. On note l'idée du pacte, de la promesse, le regard du "juge sévère" : Vautrin voit au fond des consciences. Ce portrait n'est pas sans rappeler le thème faustien.
* Un portrait des mœurs
o Le personnage a des mœurs nocturnes ; il maîtrise l'espace. On apprend qu'il a des relations spéciales avec Madame Vauquer.
* Pour conclure...
o Ce portrait laisse une impression douteuse : le narrateur ne dit pas tout. Le jugement n'est pas complet, mais il est globalement négatif. La supériorité du caractère du personnage est visible ; on sent qu'il est profond, et c'est un mystère que Balzac n'élucide pas, d'où une certaine dextérité narrative. Le narrateur parvient à conserver le mystère tout en donnant une réelle présence au personnage de Vautrin. Il s'agit bel et bien d'un portrait qui met en attente le lecteur.
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Message par alemohanade le Mer 20 Fév 2008, 03:15


  • Un portrait physique

    • La première phrase a deux fonctions : elle est d'abord une phrase
      de transition, puis elle est une introduction et une définition.
      L'article défini dans le syntagme
      "l'homme de quarante ans" signale qu'il a déjà été question du
      personnage précédemment. L'expression "favoris peints" annonce la
      définition du personnage : il est coquet, il a quarante ans,
      c'est-à-dire l'âge où l'on se marie au XIXe siècle. On sait
      par ailleurs que Vautrin a une perruque noire : on peut en conclure que
      les favoris peints et cette perruque constituent un camouflage. La
      deuxième phrase entame le portrait physique du personnage. Le regard
      sur Vautrin n'est pas assumé par le narrateur. L'adjectif "gaillard", qui exprime à la fois la gaieté et le défi, fait susciter une forme d'admiration. L'allitération
      en [l] accentue le caractère imposant du personnage. De même, le
      syntagme "des mains épaisses" (contrairement à l'aristocrate qui porte
      des gants) fait que la description
      du personnage est liée à une certaine force. Le regard se porte sur les
      épaules, puis sur le buste, la musculature, et les mains ("poils
      touffus et d'un roux ardent") —› le personnage a un caractère fauve, il
      est décrit selon des traits physiognomoniques : le physique relève du
      caractère moral ; le physique permet de conclure sur le caractère du
      personnage. L'évocation de la rousseur, des favoris peints peut faire
      penser que le personnage veut camoufler l'aspect fauve qui est en lui :
      l'animalité est en filigrane dans le texte. Vautrin veut dissimuler son
      tempérament. Le regard se porte ensuite sur le visage : les rides, là
      encore, dissimulent le visage. L'expression "sa voix de basse-taille"
      (comme la voix d'un chanteur) n'est pas sans nous rappeler qu'on
      apprendra plus tard dans le roman que Vautrin a un goût prononcé pour
      certains airs connus à l'époque. L'évocation de la voix est aussi une
      transition qui sépare le portrait physique du portrait moral. Nous
      avons affaire à un portrait équivoque : il est à la fois effrayant et
      séduisant.


  • Un portrait moral


    • L'idée de serviabilité est apparente. Vautrin a des compétences
      suspectes : elles concernent l'effraction. Vautrin a également des
      compétences plus étendues, des connaissances qui sont liées à la fuite.
      On apprend qu'il rend facilement service, et qu'il fait même preuve
      d'empressement. En ce qui concerne l'argent, Vautrin paraît d'ores et
      déjà suspect. Il est au deuxième étage de la pension Vauquer, qui est
      une pension misérable. Le personnage est faux : seul son « air » est
      « bonhomme » ; il inspire même la « crainte ». Son regard jouit d'un
      certain magnétisme. On note l'idée du pacte, de la promesse, le regard
      du "juge sévère" : Vautrin voit au fond des consciences. Ce portrait
      n'est pas sans rappeler le thème faustien.


  • Un portrait des mœurs

    • Le personnage a des mœurs nocturnes ; il maîtrise l'espace. On apprend qu'il a des relations spéciales avec Madame Vauquer.


  • Pour conclure...

    • Ce portrait laisse une impression douteuse : le narrateur ne dit
      pas tout. Le jugement n'est pas complet, mais il est globalement
      négatif. La supériorité du caractère du personnage est visible ; on
      sent qu'il est profond, et c'est un mystère que Balzac n'élucide pas,
      d'où une certaine dextérité narrative. Le narrateur parvient à
      conserver le mystère tout en donnant une réelle présence au personnage
      de Vautrin. Il s'agit bel et bien d'un portrait qui met en attente le
      lecteur.




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Message par alemohanade le Mer 20 Fév 2008, 03:16

Un Résumé du texte

"Il mettait ses filles au rang des anges, et nécessairement au-dessus de lui, le pauvre homme!
Il aimait jusqu'au mal qu'elle lui faisait."
~une discription du Père Goriot

Le roman Le Père Goriot commence à Paris à l'automne 1819. Dans la pension Vauquer, rue Nueve-Sainte Geneviève, sept pensionnaires habitent ensemble : Mlle Michonneau, Victorine Taillefer, Madame Couture, Monsieur Poiret, Bianchon, Vautrin, Eugène de Rastignac, et le père Goriot.

Rastignac est un beau, jeune et ambitieux homme qui vient d'une famille noble à Charente. Il arrive à Paris pour faire ses études de droit et trouver fortune. Sa famille n'a plus de l'argent, mais il utilise son ancien nom aristocratique pour s'intégrer dans la haute société parisienne. Grâce à sa tante, Mme Beauséant, il est invité à l'un des bals où il commence à faire la connaissance des femmes bien placée dans la société. Mme Beauséant donne à Rastignac un conseil pour monter en haute société : arriver par les femmes.

Le plus vieux pensionnaire est le père Goriot. Il a fait son argent comme fabricant de pâtes pendant la révolution. Actuellement, il vit dans la pauvreté parce qu'il donne toutes ses richesses à ses deux filles. Il le fait pour assurez leur bonne place dans la haute société. Goriot a une très bonne relation avec Rastignac, et Rastignac reste avec lui jusqu'au moment où Goriot mort.

Rastignac a commencé à monter l'échelle de la société avec la Comtesse Anastasie de Restaud, la fille aînée de Goriot. Elle est bien mariée avec le Conte Restaud qui vient d'une famille aristocratique. Anastasie a un amant, le dandy Maxime de Trailles qui dépense tout son argent au jeu. Après elle, Rastignac commence une relation avec Delphine de Nucingon, la jeune fille de Goriot. Elle est aussi bien mariée avec le banquier Nucingon qui vient de la classe bourgeoise. Rastignac accompagne Delphine au théâtre et passe des bons moments avec elle et elle soutient l'ambition de Rastignac. De l'autre côté, Goriot est très content de leur relation et leur achète un petit appartement dans la pension.

A la pension, le criminel Vautrin a un plan pour donner à Rastignac ce qu'il veut. Vautrin veut tuer le frère de Victorine Taillefer, une autre pensionnaire. Quand il sera mort, elle héritera de tout l'argent familial. Rastignac peut l'épouser et avec son nom et sa fortune, il peut entrer dans la haute société. Mais, il s'oppose à cette idée, et finalement Vautrin finit par se faire arrêter. Le père Goriot fait tout pour ses filles et continue de leur donner tout ce qu'il peut. Finalement, il apprend qu'en fait elles ont beaucoup de problèmes financiers et il tombe gravement malade.

Rastignac demande à Delphine de venir, comme son père est prêt de mourir. Elle refuse parce qu'il y a un grand bal où elle veut être présente. Le vieil homme mort tout seul, sans ses filles mais avec Rastignac et un autre ami. A l'enterrement Rastignac et son ami sont présents mais pas les deux filles. Au cimetière du Père Lachaise, Rastignac dit les grands mots très connus, "A nous deux maintenant!"
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Message par alemohanade le Mer 20 Fév 2008, 03:16

Situation

Ce portrait se trouve dans la première partie du roman, il prend place logique dans le cadre de la présentation très complète des lieux et des personnages. Après avoir décrit la pension, le narrateur nous promène dans une véritable galerie où figurent la propriétaire Mme Vauquer, qui deux séries de figures groupées, la vieille demoiselle Michonneau avec Poiret, qui se ressemblent, et Victorine avec madame Couture sa gouvernante. Voici à son tour Vautrin. Puis sera évoquée la biographie de Goriot.


L’enjeu du texte

Quand il présent un personnage, le narrateur veut créer un effet de réalité en imposant une physionomie. Dans le cas de Vautrin, personnage déguisé sous une fausse identité, l’entreprise est plus complexe il faut décrire la seule apparence et en même temps livrer des indices qui préparent le dévoilement à venir. On s’interrogera donc sur le réalisme de ce portrait de ce portrait et sur sa dimension énigmatique.


Lecture

Entre ces deux personnages et les autres, Vautrin, l'homme de quarante ans, à favoris peints, servait de transition. Il était un de ces gens dont le peuple dit Voilà un fameux gaillard! Il avait les épaules larges, le buste bien développé, les muscles apparents, des mains épaisses, carrées et fortement marquées aux phalanges par des bouquets de poils touffus et d'un roux ardent. Sa figure, rayée par des rides prématurées, offrait des signes de dureté que démentaient ses manières souples et liantes. Sa voix de basse-taille, en harmonie avec sa grosse gaieté, ne déplaisait point. Il était obligeant et rieur. Si quelque serrure allait mal, il l'avait bientôt démontée, rafistolée, huilée, limée, remontée, en disant Ça me connaît. Il connaissait tout d'ailleurs, les vaisseaux, la mer, la France, l'étranger, les affaires, les hommes, les événements, les lois, les hôtels et les prisons. Si quelqu'un se plaignait par trop, il lui offrait aussitôt ses services. Il avait prêté plusieurs fois de l'argent à madame Vauquer et à quelques pensionnaires; mais ses obligés seraient morts plutôt que de ne pas le lui rendre, tant, malgré son air bonhomme, il imprimait de crainte par un certain regard profond et plein de résolution. A la manière dont il lançait un jet de salive, il annonçait un sang-froid imperturbable qui ne devait pas le faire reculer devant un crime pour sortir d'une position équivoque. Comme un juge sévère, son oeil semblait aller au fond de toutes les questions, de toutes les consciences, de tous les sentiments. Ses moeurs consistaient à sortir après le déjeuner, à revenir pour dîner, à décamper pour toute la soirée, et à rentrer vers minuit, à l'aide d'un passe-partout que lui avait confié madame Vauquer. Lui seul jouissait de cette faveur. Mais aussi était-il au mieux avec la veuve, qu'il appelait maman en la saisissant par la taille, flatterie peu comprise! La bonne femme croyait la chose encore facile, tandis que Vautrin seul avait les bras assez longs pour presser cette pesante circonférence. Un trait de son caractère était de payer généreusement quinze francs par mois pour le gloria qu'il prenait au dessert. Des gens moins superficiels que ne l'étaient ces jeunes gens emportés par les tourbillons de la vie parisienne, ou ces vieillards indifférents à ce qui ne les touchait pas directement, ne se seraient pas arrêtés à l'impression douteuse que leur causait Vautrin. Il savait ou devinait les affaires de ceux qui l'entouraient, tandis que nul ne pouvait pénétrer ni ses pensées ni ses occupations. Quoiqu'il eût jeté son apparente bonhomie, sa constante complaisance et sa gaieté comme une barrière entre les autres et lui, souvent il laissait percer l'épouvantable profondeur de son caractère. Souvent une boutade digne de Juvénal, et par laquelle il semblait se complaire à bafouer les lois, à fouetter la haute société, à la convaincre d'inconséquence avec elle-même, devait faire supposer qu'il gardait rancune à l'état social, et qu'il y avait au fond de sa vie un mystère soigneusement enfoui.


Annonce des axes

Etude

I L’ordre de la composition

Comment a-t-il ordonné les éléments de cette personnalité Après une phrase d’annonce qui lui donne le ton, « Voilà un fameux gaillard », la construction se développe en trois temps
- quelques aspects physiques d’abord « Entre ces deux personnages… ne déplaisait point »;
- puis viennent les traits marquants de la personnalité « Il était obligeant… tous els sentiments »;
- enfin, les habitudes de vie « Ses mœurs consistaient… au dessert ».
Donc trois angles d’observation ont été choisis, trois approches tout à fait logiques et bien propres à faire le tour du personnage le physique, la personnalité, les occupations.


II La puissance corporelle

Vautrin est d’abord un homme impressionnant par son apparence physique, qui rend immédiatement perceptible sa force et laisse deviner un passé intensément vécu.

La force du personnage est manifeste dès l’expression initiale, « Vautrin, l’homme de quarante ans », qui dénote la plénitude de la maturité, en contraste avec Eugène et Victorine, qui sont de tendres jeunes gens, presque adolescents, et avec Poiret et Goriot, tous deux sur le déclin de l’âge. Le recours à une formule populaire, « un fameux gaillard », plus expressive qu’un longue phrase, et placée en exergue à l’orée de la description physique, manifeste en peu de mots la vigueur, la prestance, l’audace.
Les aspects les plus révélateurs sont énumérés avec simplicité, en compléments directs du verbe « Il avait », à savoir « les épaules larges… le buste…les muscles…des mains épaisses ». La description rebondit ensuite sur « sa figure, rayée » et « sa voix de basse-taille » (une voix intermédiaire entre le baryton et la basse). Donc un choix et une mise en ordre; mais comment en serait-il autrement Le narrateur ne doit-il pas toujours choisir un réel inépuisable, et mettre en ordre pour être clair On remarquera surtout la caractérisation des mains, redoutables comme des outils de combat, « des mains épaisses carrées ». L’impression va jusqu’à un léger écoeurement, une répugnance à cause de cas « bouquets de pois touffus et d’un roux ardent », qui sont une marque de brutalité animale.
Dans la physionomie, on interprétera correctement ce signe apparent, les rides « sa figure rayée par des rides prématurées… »;elles ne traduisent pas l’usure de l’âge, mais elles constituent la marque d’une vie intense, singulière, assez forte pour avoir laissé des traces; en somme, une face burinée de grand navigateur de la vie.


III Les domaines de l’expérience

Vautrin est également un homme qui a su tirer parti de ses innombrables expériences.

Son habileté. L’exemple de la dextérité manuelle, la remise en état des serrures, a té visiblement choisi en fonction de sa valeur prémonitoire très évidente. Le rythme enlevé de la phrase, construite en juxtaposition de participes passés, marque bien l’agilité dans la manipulation « Si quelque serrure allait mal, il l’avait bientôt démontée, rafistolée, remontée… ». Au-delà du mouvement des mains, ces mains redoutables que l’on voit en action, on sent l’efficacité d’un homme qui règle vite les problèmes, qui tranche, agit et va de l’avant dans le concret et dans la vie.
Le champ de son savoir est très large; l’expérience, tel est sans doute le trait dominant d’un personnage qui a bourlingué. Beaucoup de naturel dans la succession des traits avec ce « Il connaissait tout d’ailleurs », qui enchaîne sur un propos habituel à Vautrin, « Ca me connaît ». Ensuite, le portrait avance avec une vivacité spontanée, construit sur une énumération en cascade de substantifs pour marquer la multiplicité de ses informations « les vaisseaux, la mer, la France, les affaires, les hommes, les évènements, les lois, les hôtels et les prisons ».
Essayons de classer des divers registres de cette diverse expérience
- d’abord, on regroupe «les vaisseaux, le mer, la France, l’étranger » ces termes marquent le mouvement, Vautrin n’est pas un sédentaire, il connaît des pays, il a couru le monde, il a mené une vie aventureuse;
- ensuite, on rapproche « les affaires, les hommes, les évènements » ce n’est pas un contemplatif, ni homme d’étude, mais un praticien, il a été mêlé aux choses et aux gens, en acteur fortement impliqué;
- enfin, on réunit « les lois, les hôtels et les prisons » ici apparaît son originalité, il a réfléchi à l’ordre social, il a eu affaire avec la loi; il a vécu en itinérant, sans domicile permanent, et peut-être a-t-il connu la prison.


IV Le regard

Le regard est analysé comme une voie d’accès vers l’âme; on déchiffre l’homme Vautrin en lisant dans ses yeux, où l’on perçoit deux choses

La détermination, la fermeté du caractère « un certain regard profond plein de résolution ». L’impression est confirmée par une observation annexe qui marque chez le narrateur le souci du détail pour faire vrai « A la manière dont il lançait un jet de salive, il annonçait un sang-froid imperturbable qui ne devait pas le faire reculer devant un crime… ». L’imputation paraît un peu aventureuse, établie sur un indice aussi minime. Mais le narrateur est fort bien informé de la suite et il nous livre une piste de lecture.
Son pouvoir scrutateur, sa pénétration, sa perspicacité « son œil semblait aller au fond de toutes les questions, de toutes les consciences, de tous les sentiments », au fond des choses et des gens. Le regard constitue pour Vautrin un moyen privilégié d’investigation des êtres, il devinera aisément Rastignac.


V Les contrastes du personnage

Ce portrait nous est donné comme une énigme à déchiffrer, il contient des indices par lesquels le narrateur prépare le dévoilement futur du personnage.

Les indices révélateurs sont manifestes si l’on relit le portrait à la lumière de ce que l’on apprendra plus tard sur Vautrin, de son vrai nom Jacques Collin, bagnard évadé travesti en bourgeois inoffensif premier signe d’un possible déguisement, cet homme « à favoris peints » vise la dissimulation et non la simple coquetterie. Sa façon d’être manifeste un effort pour adoucir la rudesse naturelle du visage par des matières plus engageantes « sa figue… offrait des signes de dureté que démentaient ses manières souples et liantes ». Ainsi le personnage maintient-il l’équilibre rassurant. Le même effort tend à atténuer la voix au son grave par l’humeur gaie « sa voie de basse-taille, en harmonie avec sa grosse gaîté ». Enfin, rapprochons les expressions antithétiques « Il était obligeant et rieur » et « ses obligés seraient morts plutôt que de ne pas le lui rendre ». Et continuons la comparaison être l’air et le regard « tant, malgré son air bonhomme, il imprimait de crainte par un certain regard profond et plein de résolution ».
L’arrière-plan des comportements peut aussi se déchiffrer derrière ce portrait.
De mystérieuses activités. L’homme est très occupé à l’extérieur, le centre de gravité de sa vie se situant hors de la pension « Ses mœurs consistaient à sortir après le déjeuner, à revenir pour dîner, à décamper pour toute la soirée, et à rentrer vers minuit… ». Il est indépendant et dissimulé, il jouit d’un statut particulier, le passe-partout dont il disposé seul et qui constitue un moyen de liberté et de discrétion.
Une fausse bonhomie. La curieuse affection qu’il déploie à l’égard de la propriétaire « qu’il appelait maman en la saisissant par la taille » s’interprète comme une sage précaution elle est la maîtresse de maison, il capte sa bienveillance en homme qui, se sachant de redoutables ennemis à l’extérieur, cherche des alliés et assure sa sécurité dans le monde clos de la pension. Il se fait aussi passer pour débonnaire et un peu niais en courtisant la pesante veuve.
L’apparence d’un bon vivant. Par le douceur du gloria (café mêlé d’eau-de-vie), Vautrin se pose en client généreux, il arrange les affaires de la tenancière en consommant en simple mortel qui a sa petite faiblesse, un bon vivant sans beaucoup de volonté se donnant comme tout le monde une jouissance de bouche bien anodine, alors qu’en réalité ses centres d’intérêt se situent dans une sphère bien supérieure.
On a dons pu déceler, dans l’éclairage rétrospectif de ce que l’on apprend plus tard, une part de calcul dans les façons d’être de ce pensionnaire aux mœurs en apparence si ordinaires.



Conclusion

Ce passage est à la fois un portrait et un élément romanesque important, puisqu’on y livre au lecteur des indices sur le passé mystérieux de Vautrin, et des dignes annonciateurs du coup de théâtre que sera son arrestation.

Vautrin est un personnage massif, visuellement présent dans sa force. Il est doté d’une configuration physique qui est un spectacle et que l’on gardera en mémoire pour bien « voir » la grande scène de son arrestation. Ce portrait remplit donc une fonction essentielle du roman, donner l’impression de la réalité.
Force physique et détermination morale. Cette présence du personnage est accentuée par l’union de la force physique est de la détermination morale; pour mieux le donner à voir et à sentir, le narrateur instaure un lien très fort entre ces deux composantes. Vigueur du corps, de l’esprit et du caractère vont de pair; l’âme de Vautrin est bien chez elle dans le corps de Vautrin, l’une façonnée à dessein, semble-t-il, à le mesure de l’autre.
Des indices pour le lecteur. Ce portrait révèle de la technique du roman policier le narrateur délivre des brides d’information, il sème des interrogations, mais en professionnel averti de la chose romanesque, il ne vend pas le mèche si vite, il ne dit pas tout ce qu’il sait, il se borne à une demi confiance, juste assez pour éveiller la curiosité en laissant entendre « qu’il avait au fond de sa vie un mystère soigneusement enfoui ». N’est-ce pas d’ailleurs l’usage constant dans le métier de faiseur de romans que le distiller les informations avec la plus circonspecte parcimonie il faut garder le lecteur captif jusqu’au bout, et trois cents pages d’intérêt, c’est une longue distance à tenir !
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Message par alemohanade le Ven 22 Fév 2008, 06:47

LE PERE GORIOT

par Stéphane VACHON
I. L'HISTOIRE

Eugène de Rastignac, issu d'une famille de petite noblesse provinciale, venu étudier le droit à Paris depuis les environs d'Angoulême (comme le Lucien de Rubempré d'Illusions per­dues), habite une modeste chambre dans la pension de madame Vauquer, rue Neuve-Sainte-Geneviève. Il y fait la connaissance de Goriot, un bourgeois retiré des affaires, un marchand de vermicelle enrichi sous la Révolution par des spéculations, et celle de Vautrin, un forçat évadé en lutte, silencieuse mais implacable, contre l'ordre social. Il y croise en outre Victorine Taillefer, une jeune fille abandonnée par son père, et se lie d'amitié avec Horace Bianchon, futur médecin. Par sa cousine, la vicomtesse de Beauséant, il s'introduit dans la haute société du faubourg Saint-Germain, y commet ses premiers faux pas en y gagnant son expérience, rencontre les filles de Goriot qui ont fait d'excellents mariages : la comtesse Restaud et la baronne de Nucingen, dont il devient l'amant.

Locataire de Mme Vauquer, protecteur de Goriot, protégé de Vautrin, ami de Bianchon, confident de Mme de Beauséant, soupirant d'Anastasie de Restaud, prétendant de Victorine Taillefer, amant de Delphine de Nucingen, Rastignac établit le contact entre les personnages et leurs intrigues, entre les lieux et les scènes multiples du roman dont l'histoire se fragmente en un drame à plusieurs destinées qui se croisent et se rejoignent sans s'opposer. Roman de formation ou histoire de l'ascension sociale d'un jeune homme (Rastignac), histoire de la déchéance d'un père trop aimant (Goriot), de la chute d'une grande dame (vicomtesse de Beauséant), de l'arrestation d'un révolté (Vautrin), histoire d'une pension bourgeoise (celle de madame Vauquer) qui se vide d'un coup de tous ses locataires – selon le point de vue – , le roman entretisse étroitement toutes ces dimensions.


II. HISTOIRE(S) DU TEXTE

Le fonds Lovenjoul conserve le manuscrit du roman (en fait une copie autographe, qui a servi à l'impression) sous la cote A 183 : 176 feuillets reliés, dédiés à Mme Hanska (c'est dans cette dédicace qu'on a découvert, sous une rature, la mention du « jour inoubliable » où ils devinrent amants). Du brouillon ne subsiste qu'une page de début, abandonnée (Lov. A 301 f° 220). Enfin, dans Lov. A 268, sont réunis divers documents, sur les éditions Werdet.
Le Catalogue de 1845 fait passer Le Père Goriot dans les Scènes de la vie privée, avant Le Colonel Chabert, ce que confirme le Furne corrigé qui porte d'allusives corrections en marge.

– Revue de Paris, en quatre livraisons, les dimanches 14, 28 décembre 1834, 18 janvier et 1er février 1835. La préface, datée « Paris, mars 1835 », paraît dans la livraison du dimanche 8 mars.

– Le Père Goriot. Histoire parisienne, Werdet et Spachmann, 2 vol. in-8 de 354 et 376 pages (B.F. 14 mars 1835). La table des ma­tières compte sept chapitres : I. « Une pension bourgeoise »; II. « Les deux visites »; III. « L'entrée dans le monde »; IV. « L'entrée dans le monde (suite) »; V. « Trompe-la-Mort »; VI. « Les deux filles »; VII. « La mort du père ». Le dédoublement du chapitre intitulé « L'entrée dans le monde » est imposé par son débordement du premier volume sur le second. L'épigraphe apparaît sur la page de titre.

– Le Père Goriot. Histoire parisienne, Werdet et Spachmann, 2 vol. in-8 de 384 et 396 pages (B.F. 30 mai 1835).

Le texte ne compte plus que quatre parties réaménagées : I. « Une pension bour­geoise »; II. « L'entrée dans le monde »; III. « Trompe-la-Mort »; IV. « La mort du père ». Il est enrichi d'une seconde préface, datée « Meudon, 1er mai 1835 ». L'éditeur Werdet s'était réservé la possibilité de diviser le tirage de cette édition en deux, pour moitié dans le format in-8 et moitié dans le format in-12. Ce qu'il fit (voir ci-dessous).

– Étude philosophique. Le Père Goriot, Au bureau du Figaro, 4 vol. in-12 (non enregistrés à la B.F.).

Les volumes in-12 fabriqués par Werdet en même temps que les exemplaires in-8 constituant la deuxième édition en librairie, ne furent pas mis en vente. Ils furent soldés par lui après le dépôt de son bilan le 17 mai 1837. Ils sont offerts en prime aux lecteurs de Figaro pour le re­nouvel­lement de l'abonnement trimestriel du 15 octobre 1837. Le texte n'a été ni revu ni corrigé. Il est en tous points identique à celui des volumes in-8, puisque l'un et l'autre sont simultanément issus de la même composition typogra­phique.

– Le Père Goriot, Charpentier, 1 vol. in-18 de 390 pages (B.F. 16 mars 1839). Nouvelle édition cette fois effectivement revue et corrigée. Suppression de préfaces et de toutes les divisions.

– La Comédie humaine, 9e volume, tome I des Scènes de la vie parisienne, Furne, Dubochet et Cie, Hetzel, 1 vol. in-8 (B.F. 28 septembre 1844). Nouvelle édition : ajouts de la dédicace à Geoffroy Saint-Hilaire.


III. PERSONNAGES

Dans la première édition en librairie du Père Goriot (mars 1835), on compte vingt-trois personnages reparaissants. Balzac enrichit si bien sa technique au fil de la publication de ses oeuvres nouvelles et des rééditions de ses oeuvres anciennes que, au total, quarante-huit acteurs de La Comédie humaine reparaissent dans Le Père Goriot (voir la liste ci-jointe). Ce nombre extrêmement élevé en fait, pour le philosophe Alain, un de ces « carrefours où les personnages de La Comédie hu­maine se rencontrent, se saluent, et passent. De là vient qu'au lieu d'être dans un roman, on est dans dix » (Avec Balzac, Gallimard, 1937 [1935], p. 191); ou pour le romancier François Mauriac, « un rond-point. De là partent les grandes avenues qu'il [Balzac] a tracées dans sa forêt d'hommes » (Le Romancier et ses personnages, Presses Pocket, « Agora », 1990, p. 50-51).

Les principaux protagonistes du Père Goriot sont les person­nages qui, dans La Comédie humaine, reparaissent le plus souvent : le baron Nucingen (trente-deux romans); Horace Bianchon, le médecin des grands personnages de La Comédie humaine (vingt-neuf romans); Henri de Marsay, futur premier ministre (vingt-neuf romans); Eugène de Rastignac (vingt-six romans). Vautrin, lui, est le héros dominant plusieurs oeuvres de Balzac -- ceci est une rareté qui vaut d'être soulignée : Le Père Goriot, Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes constituent, en effet, la trilogie centrale de l'oeuvre balzacienne.

Comment comprendre l'âpreté au gain d'Anastasie de Restaud, et son incapacité à venir au chevet de son père? Gobseck nous donne l'explication nécessaire. Comment entendre la perfidie des paroles de la duchesse de Langeais rendant visite à la vicomtesse de Beauséant? Son amertume nous est révélée par la menace qui pèse sur son amour : voir La Duchesse de Langeais. Comment connaître la trouble origine de la fortune de Taillefer? L'Auberge rouge dévoile ce secret, et dit ce que devient Victorine reconnue par son père. Veut-on savoir comment s'occupe la vicomtesse de Beauséant après avoir quitté Paris? Il faut lire La Femme abandonnée. C'est ainsi que Le Père Goriot estompe ses frontières, reporte ses dénouements, sursoit à ses conclusions, ajourne l'accomplissement du destin de ses personnages (hormis celui de Goriot), qui poursuivent de roman en roman leur chemin.

En outre, de nombreux personnages secondaires appartiennent comme le marquis de Ronquerolles et Maxime de Trailles, au personnel régulier de La Comédie humaine. Ils ouvrent dans La Comédie humaine de larges routes : la marquise d'Espard mène à L'Interdiction, la marquise Julie d'Aiglemont à La Femme de trente ans, la marquise de Listomère à Étude de femme, la comtesse de Kergarouët au Bal de Sceaux, madame de Lanty à Sarrasine, lady Brandon à La Grenadière, la duchesse Diane de Maufrigneuse au Cabinet des Antiques et aux Secrets de la princesse de Cadignan, le comte et la comtesse Restaud à Gobseck (où Derville raconte le dénouement de leur affaire), Gobseck, la duchesse de Langeais et madame Firmiani aux romans qui portent leurs noms, les frères Vandenesse au Lys dans la vallée et à Une fille d'Eve (Félix) et à La Femme de trente ans (Charles), le banquier Taillefer à L'Auberge rouge et à La Peau de cha­grin, Berthe de Rochefide et le marquis d'Ajuda-Pinto à Béatrix, la comtesse Ferraud et Derville au Colonel Chabert, le comte de Sérisy à Un début dans la vie, le baron Auguste de Maulincour à Ferragus, Gondureau, sous le nom de Bibi-Lupin, à Splendeurs et misères des courtisanes, la baronne Delphine de Nucingen à La Maison Nucingen (et à seize autres débouchés).
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Message par alemohanade le Ven 22 Fév 2008, 06:48

suite ..

A l'inverse, des personnages disparaissent. Ayant eu l'idée de faire de
Eugène de Rastignac, personnage secondaire de La Peau de cha­grin, le
héros du Père Goriot qu'il est en train de rédiger, Balzac renvoie chez
les morts « Eugène de Massiac » (au feuillet 43 de son manuscrit). Par
un mouvement inverse, il exportera du Père Goriot vers La Peau de
chagrin, Horace Bianchon, et condamnera Prosper, un médecin sans nom de
famille, aux limbes des éditions de La Peau de chagrin antérieures au
Père Goriot (Bianchon fait sa première apparition dans La Peau de
chagrin dans la réédition de ce roman en 1838). Ainsi Frédéric Mauricey
prend son chapeau et quitte L'Auberge rouge en 1837 pour faire place à
Frédéric Taillefer, dans Le Père Goriot le père de Victorine. Ainsi,
Rastignac, très reparaissant dans La Comédie humaine, nous l'avons dit,
chasse un « M. de Saluces » du Bal de Sceaux, un « Ernest » de
L'Interdiction, un « Ernest de M... » de Étude de femme, etc.

– Liste des 48 personnages reparaissants du Père Goriot :

marquise
Julie d'Aiglemont ; marquis Miguel d'Ajuda-Pinto ; vicomtesse de
Beauséant ; vicomte de Beauséant ; Horace Bianchon ; Lady Brandon ;
duchesse de Carigliano ; Derville ; marquise d'Espard ; comtesse
Ferraud ; Fil-de-Soie ; madame Firmiani ; colonel Franchessini ;
princesse Galathionne ; Gobseck ; Gondureau ; Goriot ; famille
Grandlieu ; Jacques (valet de chambre) ; comtesse de Kergarouët ;
duchesse de Langeais ; madame de Lanty ; marquise de Listomère ; Henri
de Marsay ; duchesse Diane de Maufrigneuse ; baron Auguste de
Maulincour ;Maurice (serviteur) ; ma­demoiselle Michonneau ; marquis de
Montriveau ; baron de Nucingen ; Delphine de Nucingen ; Poiret ; baron
et baronne de Rastignac (parents d'Eugène) ; Eugène de Rastignac ;
Laure de Rastignac (soeur d'Eugène) ; monseigneur Gabriel de Rastignac
(frère d'Eugène) ; comte de Restaud ; Anastasie de Restaud ; Berthe de
Rochefide ; marquis de Ronquerolles ; comtesse de Sérisy ; comte de
Sérisy ; Jean-Frédéric ; Taillefer ; Victorine Taillefer ; Thérèse
(femme de chambre) ; comte Maxime de Trailles ; famille Vandenesse ;
Vautrin.

De ce paysage onomastique, retenons quelques figures,
qui crèvent la page, et prennent chair et sens dans ce roman, trop
riche, où trois « monstres sacrés » paraissent se disputer le premier
rôle, Goriot, Rastignac et Vautrin (alias Jacques Collin).


Jacques COLLIN : il a 40 ans en 1819. Il a fait de bonnes études chez
les oratoriens, avant d'être envoyé au bagne pour un crime de faux dont
il se laisse accuser pour sauver un très beau jeune homme. Sa vie
bascule, il devient Trompe-la-mort, trésorier des bagnes et exerce son
activité depuis la pension Vauquer, sous le nom de Vautrin. C'est
Lucien et non Rastignac qui lui appartiendra (Illusions perdues et
Splendeurs et misères des courtisanes). Sa réapparition en Carlos de
Herrera sera spectaculaire.

– Jean-Joachim GORIOT : il a près de
70 ans en 1819. Il a fait partie des « accapareurs » pendant la
Révolution, et fait fortune en spéculant sur les farines. Retiré à la
Maison Vauquer, il devient « le père Goriot » et, pour le narrateur, «
le Christ de la paternité ». Divers personnages en conservent,
ailleurs, le souvenir.

– Eugène-Louis de RASTIGNAC : né à
Rastignac, dans la Charente, la même année que Balzac, en 1799. Son
parcours dans La Comédie humaine au-delà du Père Goriot ne va pas sans
quelques difficultés d'identité. On peut néanmoins le suivre jusqu'en
1845 : il aura fait carrière (de manière foudroyante dans Le Député
d'Arcis) et finira, dans Les Comédiens sans le savoir, pair de France
et ministre de la Justice, avec 300 000 livres de rente.

– Mme
VAUQUER : bien sûr, née de « Conflans » ; on ne saura jamais s'il
s'agit d'une filiation ou d'une origine. Madame Vauquer a deux âges :
le sien (une cinquantaine d'années) et celui qu'elle accepte, bien
moindre... Mais la maison « Pension des deux sexes et autres » est elle
aussi, comme on dit, un « personnage » !


IV. LECTURES ET COMMENTAIRES

Les
Lettres à madame Hanska révèlent que Balzac a beaucoup espéré et
attendu le succès du Père Goriot. Il l'obtint, en effet, si rapidement
que les éditeurs mirent en vente une deuxième édition dix semaines
après la première, rapidement épuisée en librairie. En témoignent les
nombreux comptes rendus que suscita le roman à sa parution du
Constitutionnel à La Quotidienne (légitimiste), du Le Courrier français
(libéral) au Journal des femmes.

Troisième signe de succès : le
roman fut immédiatement adapté pour la scène, simultanément, par deux
théâtres rivaux. Au théâtre du Vaudeville et au Théâtre des Variétés,
la première représentation eut lieu le 6 avril 1835.

1835 (Paris). Le Père Goriot. Comédie en deux actes, par MM. Ancelot et Paulin. Théâtre du Vaudeville, 6 avril 1835.

1835
(Paris). Le Père Goriot. Comédie-vaudeville en trois actes, par MM.
Jaime, Théaulon et Decomberousse. Théâtre des Variétés, 6 avril 1835.

La
pièce du Vaudeville sera retirée de l'affiche au bout de trois
représentations; celle des Variétés connaîtra le succès : elle sera
représentée cinquante-trois fois. L'un et l'autre fournirent aux
courriéristes l'occasion de reve­nir plus ou moins longuement sur le
roman de Balzac. Leurs comptes rendus complètent le dossier de la
réception du roman à sa parution, notamment dans le Journal de Paris,
la Revue de Paris, le Journal des débats. On dénombre aussi au totale
27 comptes rendus.

Au vingtième siècle, la critique balzacienne
a consacré la place cardinale du Père Goriot dans l'oeuvre de Balzac.
En 1940, dans un ouvrage au sous-titre significatif – Balzac
roman­cier. La formation de l'art du roman chez Balzac jusqu'à la
publication du Père Goriot –, s'in­téressant d'abord à la genèse de
l'oeuvre par et pour elle-même, Maurice Bardèche écrivait : « En 1835,
Balzac est en possession de tous ses moyens, sa formation de romancier
est terminée; Le Père Goriot est le résultat de tous ses efforts
précédents et l'assise de son oeuvre future » ; pour­suivant : «
Comparé à l'oeuvre antérieure de Balzac, Le Père Goriot est une sorte
de résumé, comparé à son oeuvre future, il est une sorte d'annonciation
» ; concluant : « C'est une date capi­tale dans l'histoire de son
oeuvre ». En 1947, Bernard Guyon arrêtait son histoire de La Pensée
politique et sociale de Balzac en 1834 : « L'homme ayant atteint sa
parfaite ma­turité, dominant de haut sa pensée, en prend une conscience
claire et définitive et l'organise so­lidement en un véritable système.
[...] Ce moment privilégié, cette espèce d'“acmé” dans la car­rière
balza­cienne nous paraît se placer aux environs de 1834 ». En 1972,
l'analyse de Pierre Barbéris fera écho au jugement de Maurice Bardèche
: « Ce roman [Le Père Goriot] n'existe et ne se lit vrai­ment que par
tout ce qui constitue son avant-texte puis son après-texte » (Le Père
Goriot de Balzac. Écriture, struc­tures, signi­fications, Larousse). En
1985, à l'occasion du cent-cinquante­naire de la publication du Père
Goriot, une quarantaine de spécialistes ont revisité cette ligne de
crête de La Comédie humaine. Leurs travaux, qui ont paru sous le titre
« Des oeuvres de jeunesse au Père Goriot », ont réaffirmé la hauteur de
ce sommet dans la géographie balzacienne (voir L'Année balzacienne de
1985 à 1987). Il serait facile de multiplier les jalons, de prolonger
par d'autres ouvrages (Olivier Bonard : La Peinture dans la créa­tion
balzacienne. Invention et vi­sions picturales de La Maison du
chat-qui-pelote au Père Goriot, Droz, 1969), et jusqu'aux titres de
thèses récentes (Chantal Massol : Le Rôle de l'énigme dans la formation
du roman bal­zacien, des Chouans au Père Goriot, doc­torat de
l'Université de Paris VIII, 1980) ce florilège, qui installe Le Père
Goriot dans son statut consacré par l'institution scolaire et par la
critique balzacienne à l'intérieur de son histoire propre, laquelle a
développé – et obéi à – un scénario de la maturation projetant la
parution successive des oeuvres dans un perfectionnement inces­sant. De
L'Héritière de Birague aux Chouans au Père Goriot, Balzac n'aurait fait
qu'améliorer ses procédés romanesques et ses stratégies d'écriture,
décider de son esthétique, déterminer ses références, établir son
style, définir ses moyens et ses fins, maîtriser son art, multiplier sa
force par la mise au point du principe du retour perpé­tuel des
personnages, qui sert de fil conducteur à l'agencement des oeuvres, à
leur création, à leur conception, à leur scénario, pour s'élancer vers
les cimes du liber mundi dont il porte, en quelque sorte depuis
toujours, le plan dans sa tête.

Ainsi, Le Père Goriot est, si
l'on veut, un classique, et un « livre-signature ». Et Balzac,
considéré sous cet angle, se résume en « l'auteur du Père Goriot ». Ce
roman qui coïncide avec la première application systématique du procédé
des personnages reparaissants constitue bien en quelque sorte l'acte de
naissance de La Comédie humaine. Mais s'il fournit un repère commode,
un moment privilégié dans la carrière et dans l'aventure intellectuelle
du romancier, un des plus hauts sommets de son oeuvre, il n'en demeure
pas moins un roman qui peut, et doit, être lu pour lui-même, et pas
seulement comme « drame » de la paternité.


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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 03:37

LA PROVINCE

VISION DU NARRATEUR à travers l'oeil de Rastignac

Eugène avait subi cet apprentissage à son insu, quand il
partit en vacances, après avoir été reçu bachelier
ès-Lettres et bachelier en Droit. Ses illusions d'enfance, ses
idées de province avaient disparu. Son intelligence modifiée,
son ambition exaltée lui firent voir juste au milieu du manoir
paternel, au sein de la famille. Son père, sa mère, ses deux
frères, ses deux soeurs, et une tante dont la fortune consistait
en pensions, vivaient sur la petite terre de Rastignac. Ce
domaine d'un revenu d'environ trois mille francs était soumis à
l'incertitude qui régit le produit tout industriel de la vigne,
et néanmoins il fallait en extraire chaque année douze cents
francs pour lui. L'aspect de cette constante détresse qui lui
était génèreusement cachée, la comparaison qu'il fut forcé
d'établir entre ses soeurs, qui lui semblaient si belles dans
son enfance. et les femmes de Paris, qui lui avaient réalisé le
type d'une beauté révée, l'avenir incertain de cette nombreuse
famille qui reposait sur lui, la parcimonieuse attention avec
laquelle il vit serrer les plus minces productions, la boisson
faite pour sa famille avec les marcs du pressoir, enfin une foule
de circonstances inutiles à consigner ici décuplèrent son
désir de parvenir et lui donnèrent soif des distinctions.


VISION DE VAUTRIN comme prélude à sa tentative de
corruption

A nous deux ! Voici votre compte. jeune homme. Nous avons, Ià
bas, papa, maman, grand'tante, deux soeurs (dix-huit et dix-sept
ans), deux petits frères (quinze et dix ans), voilà le
contrôle de l'équipage. La tante élève vos soeurs. Le curé
vient apprendre le latin aux deux frères. La famille mange plus
de bouillie de marrons que de pain blanc, le papa ménage ses
culottes, maman se donne à peine une robe d'hiver et une robe
d'été, nos soeurs font comme elles peuvent. Je sais tout, j'ai
été dans le Midi. Les choses sont comme cela chez vous, si l'on
vous envoie douze cents francs par an, et que votre terrine ne
rapporte que trois mille francs. Nous avons une cuisinière et un
domestique, il faut garder le décorum, papa est baron. Quant à
nous, nous avons de l'ambition. nous avons les Beauséant pour
alliés et nous allons à pied, nous voulons la fortune et nous
n'avons pas le sou, nous mangeons les ratatouilles de maman
Vauquer et nous aimons les beaux dîners du faubourg
Saint-Germain, nous couchons sur un grabat et nous voulons un
hôtel ! Je ne blâme pas vos vouloirs. Avoir de l'ambition, mon
petit coeur, ce n'est pas donné à tout le monde. Demandez aux
femmes quels hommes elles recherchent, Ies ambitieux. Les
ambitieux ont les reins plus forts, Ie sang plus riche en fer, Ie
coeur plus chaud que ceux des autres hommes. Et la femme se
trouve si heureuse et si belle aux heures où elle est forte.
qu'elle préfère à tous les hommes celui dont la force est
énorme, fût-elle en danger d'être brisée par lui. Je fais
l'inventaire de vos désirs afin de vous poser la question. Cette
question. Ia voici. Nous avons une faim de loup, nos quenottes
sont incisives, comment nous y prendrons-nous pour approvisionner
la marmite ?

LA CHAMBRE DE GORIOT

Eugène, qui se trouvait pour la première fois chez le père
Goriot, ne fut pas maître d'un mouvement de stupéfaction en
voyant le bouge où vivait le père, après avoir admiré la
toilette de la fille. La fenêtre était sans rideaux; le papier
de tenture collé sur les murailles s'en détachait en plusieurs
endroits par l'effet de l'humidité, et se recroquevillait en
laissant apercevoir le plâtre jauni par la fumée. Le bonhomme
gisait sur un mauvais lit, n'avait qu'une maigre couverture et un
couvre-pied ouaté fait avec les bons morceaux des vieilles robes
de madame Vauquer. Le carreau était humide et plein de
poussière. En face de la croisée se voyait une de ces vieilles
commodes en bois de rose à ventre renflé, qui ont des mains en
cuivre tordu en façon de sarments décorés de feuilles ou de
fleurs; un vieux meuble à tablette de bois sur lequel était un
pot à eau dans sa cuvette et tous les ustensiles nécessaires
pour se faire la barbe. Dans un coin, les souliers; à la tête
du lit, une table de nuit sans porte ni marbre; au coin de la
cheminée, où il n'y avait pas trace de feu, se trouvait la
table carrée, en bois de noyer, dont la barre avait servi au
père Goriot à dénaturer son écuelle en vermeil. Un méchant
secrétaire sur lequel était le chapeau du bonhomme, un fauteuil
foncé de paille et deux chaises complétaient ce mobilier
misérable. La flèche du lit, attachée au plancher par une
loque, soutenait une mauvaise bande d'étoffes à carreaux rouges
et blancs. Le plus pauvre commissionnaire était certes moins mal
meublé dans son grenier, que ne l'était le père Goriot chez
madame Vauquer. L'aspect de cette chambre donnait froid et
serrait le coeur, elle ressemblait au plus triste logement d'une
prison. Heureusement Goriot ne vit pas l'expression qui se
peignit sur la physionomie d'Eugène quand celui-ci posa sa
chandelle sur la table de nuit. Le bonhomme se tourna de son
côté en restant couvert jusqu'au menton.


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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 03:37

LE BOURBIER PARISIEN

Le thème du bourbier parisien est récurrent dans Le Père
Goriot, soit dans les discours, soit dans les situations
narratives.

LES DISCOURS

de la duchesse de Langeais

- Le monde est infâme, dit la vicomtesse en effilant son
châle et sans lever les yeux, car elle était atteinte au vif
par les mots que madame de Langeais avait dits, pouer elle, en
racontant cette histoire.
- Infâme! non, reprit la duchesse; il va son train, voilà tout.
Si je vous en parle ainsi, c'est pour vous montrer que je ne suis
pas la dupe du monde. Je pense comme vous, dit-elle en pressant
la main de la vicomtesse. Le monde est un bourbier, tâchons de
rester sur les hauteurs

de Mme de Bauséant

Aussi Madame de Nucingen laperait-elle toute la boue qu'il y a
entre la rue Saint-Lazare et la rue de Grenelle pour entrer dans
mon salon.

de Rastignac à sa mère

Il s'agit pour moi de faire mon chemin ou de rester dans la
boue

de Rastignac à Vautrin

- Mais, dit Eugène avec un air de dégoût, votre Paris est
donc un bourbier.
- Et un drôle de bourbier, reprit Vautrin. Ceux qui s'y crottent
en voiture sont d'honnêtes gens, ceux qui s'y crottent à pied
sont des fripons

de Vautrin à Rastignac

Voilà la vie telle qu'elle est. Ça n'est pas plus beauque la
cuisine, ça pue tout autant, et il faut se salir les mains si
l'on veut fricoter; sachez seulement vous bien débarbouiller:
là est toute la morale de notre époque.

du narrateur sur Rastignac

En s'initiant aux secrets domestiques de monsieur et madame de
Nucingen, il s'était aperçu que, pour convertir l'amour en
instrument de fortune, il fallait avoir bu toute honte, et
renoncer aux nobles idées qui sont l'absolution des fautes de la
jeunesse. Cette vie extérieurement splendide, mais rongée par
tous les taenias du remords, et dont les fugitifs plaisirs
étaient chèrement expiés par de persistantes angoisses, il
l'avait épousée, il s'y roulait en se faisant comme le Distrait
de La Bruyère, un lit dans la fange du fossé; mais, comme le
Distrait, il ne souillait encore que ses vêtements.

Il voyait dans le monde comme un océan de boue dans lequel un
homme se plongeait jusqu'au cou, s'il y trempait le pied.

LES NARRATIONS ET DESCRIPTIONS

Les particularités de cette scène pleine d'observations et
de couleurs locales ne peuvent être appréciées qu'entre les
buttes de Montmartre et les hauteurs de Montrouge, dans cette
illustre vallée de plâtras incessamment près de tomber et de
ruisseaux noirs de boue ; vallée remplie de souffrances
réelles, de joies souvent fausses, et si terriblement agitée
qu'il faut je ne sais quoi d'exorbitant pour y produire une
sensation de quelque durée.

Les pensionnaires purent donc croire qu'il ne reviendrait du
bal que le lendemain matin au petit jour, comme il était
quelquefois rentré des fêtes du Prado ou des Bals de l'Odéon,
en crottant ses bas de soie et gauchissant ses escarpins.

Eugène marchait avec mille précautions pour ne se point
crotter [...] Il se crotta, l'étudiant, il fut forcé de faire
cirer ses bottes et brosser son pantalon au Palais-Royal.
"Si j'étais riche, se dit-il en changeant une pièce de
trente sous qu'il avait prise en cas de malheur, je serais allé
en voiture, j'aurais pu penser à mon aise."
[...]
Puis Maxime avait des bottes fines et propres, tandis que les
siennes, malgré le soin qu'il avait pris en marchant, s'étaient
empreintes d'une légère teinte de boue.

Le spectacle de ces misères et l'aspect de cette salle lui
furent horribles. La transition était trop brusque, le contraste
trop complet, pour ne pas développer outre mesure chez lui le
sentiment de l'ambition. D'un côté, les fraîches et charmantes
images de la nature sociale la plus élégante, des figures
jeunes, vives, encadrées par les merveilles de l'art et du luxe,
des têtes passionnées pleines de poésie; de l'autre, de
sinistres tableaux bordés de fange, et des faces où les
passions n'avaient laissé que leurs cordes et leurs mécanismes.


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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 03:38

LES BALS

Premier bal chez madame de Bauséant

Être admis dans ces salons dorés équivalait à un brevet de
haute noblesse. En se montrant dans cette société, la plus
exclusive de toutes. il avait conquis le droit d'aller partout.
Ébloui par cette brillante assemblée, ayant à peine échangé
quelques paroles avec la vicomtesse, Eugène s'était contenté
de distinguer, parmi la foule des déités parisiennes qui se
pressaient dans ce raoût, une de ces femmes que doit adorer tout
d'abord un jeune homme. La comtesse Anastasie de Restaud, grande
et bien faite, passait pour avoir l'une des plus jolies tailles
de Paris. Figurez-vous de grands yeux noirs, une main magnifique,
un pied bien découpé, du feu dans les mouvements, une femme que
le marquis de Ronquerolles nommait un cheval de pur sang. Cette
finesse de nerfs ne lui ôtait aucun avantage ; elle avait les
formes pleines et rondes, sans qu'elle pût être accusée de
trop d'embonpoint. Cheval de pur sang, femme de race ces
locutions commençaient à remplacer les anges du ciel les
figures ossianiques, toute l'ancienne mythologie amoureuse
repoussée par le dandysme. Mais pour Rastignac. madame Anastasie
de Restaud fut la femme désirable. Il s'était ménagé deux
tours dans la liste des cavaliers écrite sur l'éventail, et
avait pu lui parler pendant la première contre-danse. - Où vous
rencontrer désormais, madame ? lui avait-il dit brusquement avec
cette force de passion qui plaît tant aux femmes. - Mais,
dit-elle, au Bois, aux Bouffons, chez moi, partout. Et
l'aventureux méridional s'était empressé de se lier avec cette
délicieuse comtesse, autant qu'un jeune homme peut se lier avec
une femme pendant une contredanse et une valse. En se disant
cousin de madame de Beauséant, il fut invité par cette femme,
qu'il prit pour une grande dame, et eut ses entrées chez elle.
Au dernier sourire qu'elle lui jeta, Rastignac crut sa visite
nécessaire. Il avait eu le bonheur de rencontrer un homme qui ne
s'était pas moqué de son ignorance, défaut mortel au milieu
des illustres impertinents de l'époque. Ies Maulincourt, les
Ronquerolles, les Maxime de Trailles, Ies de Marsay, Ies
Ajuda-Pinto, les Vandenesse, qui étaient là dans la gloire de
leurs fatuités et mêlés aux femmes les plus élégantes, lady
Brandon, la duchesse de Langeais. Ia comtesse de Kergarouët,
madame de Sérizy, Ia duchesse de Carigliano, la comtesse
Ferraud, madame de Lanty. Ia marquise d'Aiglemont, madame
Firmiani, la marquise de Listomère et la marquise d'Espard, la
duchesse de Maufrigneuse et les Grandlieu. Heureusement donc, Ie
naïf étudiant tomba sur le marquis de Montriveau, I'amant de la
duchesse de Langeais, un général simple comme un enfant, qui
lui apprit que la comtesse de Restaud demeurait rue du Helder.
Etre jeune, avoir soif du monde, avoir faim d'une femme, et voir
s'ouvrir pour soi deux maisons ! mettre le pied au faubourg
Saint-Germain chez la vicomtesse de Beauséant, Ie genou dans la
Chaussée-d'Antin chez la comtesse de Restaud ! plonger d'un
regard dans les salons de Paris en enfilade, et se croire assez
joli garçon pour y trouver aide et protection dans un coeur de
femme ! se sentir assez ambitieux pour donner un superbe coup de
pied à la corde roide sur laquelle il faut marcher avec
l'assurance du sauteur qui ne tombera pas, et avoir trouvé dans
une charmante femme le meilleur des balanciers ! Avec ces
pensées et devant cette femme qui se dressait sublime auprès
d'un feu de mottes, entre le Code et la misère, qui n'aurait
comme Eugène sondé l'avenir par une méditation, qui ne
l'aurait meublé de succès ? Sa pensée vagabonde escomptait si
drûment ses joies futures qu'il se croyait auprès de madame de
Restaud, quand un soupir semblable à un han de saint Joseph
troubla le silence de la nuit, retentit au coeur du jeune homme
de manière à le lui faire prendre pour le râle d'un moribond.

Deuxième bal chez la maréchale de Carigliano

Le lendemain, à l'heure du bal, Rastignac alla chez madame de
Beauséant, qui l'emmena pour le présenter à la duchesse de
Carigliano. Il reçut le plus gracieux accueil de la maréchale,
chez laquelle il retrouva madame de Nucingen. Delphine s'était
parée avec l'intention de plaire à tous pour mieux plaire à
Eugène, de qui elle attendait impatiemment un coup d'oeil, en
croyant cacher son impatience. Pour qui sait deviner les
émotions d'une femme, ce moment est plein de délices. Qui ne
s'est souvent plu à faire attendre son opinion, à déguiser
coquettement son plaisir, à chercher des aveux dans
l'inquiétude que l'on cause, à jouir des craintes qu'on
dissipera par un sourire ? Pendant cette fête, l'étudiant
mesura tout à coup la portée de sa position, et comprit qu'il
avait un état dans le monde en étant cousin avoué de madame de
Beauséant. La conquête de madame la baronne de Nucingen, qu'on
lui donnait déjà, le mettait si bien en relief, que tous les
jeunes gens lui jetaient des regards d'envie ; en en surprenant
quelques-uns, il goûta les premiers plaisirs de la fatuité. En
passant d'un salon dans un autre, en traversant les groupes, il
entendit vanter son bonheur. Les femmes lui prédisaient toutes
des succès. Delphine, craignant de le perdre, Iui promit de ne
pas lui refuser le soir le baiser qu'elle s'était tant défendue
d'accorder l'avant-veille. A ce bal, Rastignac reçut plusieurs
engagements. Il fut présenté par sa cousine à quelques femmes
qui toutes avaient des prétentions à l'élégance, et dont les
maisons passaient pour être agréables ; il se vit lancé dans
le plus grand et le plus beau monde de Paris. Cette soirée eut
donc pour lui les charmes d'un brillant début, et il devait s'en
souvenir jusque dans ses vieux jours, comme une jeune fille se
souvient du bal où elle a eu des triomphes. Le lendemain, quand,
en déjeunant, il raconta ses succès au père Goriot devant les
pensionnaires, Vautrin se prit à sourire d'une façon
diabolique. - Et vous croyez, s'écria ce féroce logicien, qu'un
jeune homme à la mode peut demeurer rue Neuve-Sainte-Geneviève,
dans la Maison-Vauquer ? pension infiniment respectable sous tous
les rapports, certainement, mais qui n'est rien moins que
fashionable.

Troisième bal chez madame de Bauséant:

Les lanternes de cinq cents voitures éclairaient les abords
de l'hôtel de Beauséant. De chaque côté de la porte
illuminée piaffait un gendarme. Le grand monde affluait si
abondamment, et chacun mettait tant d'empressement à voir cette
grande femme au moment de sa chute, que les appartements, situés
au rez-de-chaussée de l'hôtel étaient déjà pleins quand
madame de Nucingen et Rastignac s'y présentèrent. Depuis le
moment où toute la cour se rua chez la grande Mademoiselle à
qui Louis XIV arrachait son amant, nul désastre de coeur ne fut
plus éclatant que ne l'était celui de madame de Beauséant. En
cette circonstance, la dernière fille de la quasi royale maison
de Bourgogne se montra supérieure à son mal, et domina jusqu'à
son dernier moment le monde dont elle n'avair accepté les
vanités que pour les faire servir au triomphe de sa passion. Les
plus belles femmes de Paris animaient les salons de leurs
toilettes et de leurs sourires. Les hommes les plus distingués
de la cour, les ambassadeurs, les ministres, les gens illustrés
en tout genre, chamarrés de croix, de plaques, de cordons
multicolores, se pressaient autour de la vicomtesse. L'orchestre
faisait résonner les motifs de sa musique sous les lambris
dorés de ce palais, désert pour sa reine. Madame de Beauséant
se tenait debout devant son premier salon pour recevoir ses
prétendus amis. Vêtue de blanc, sans aucun ornement dans ses
cheveux simplement nattés, elle semblait calme, et n'affichait
ni douleur, ni fierté, ni fausse joie. Personne ne pouvait lire
dans son âme. Vous eussiez dit d'une Niobé de marbre. Son
sourire à ses intimes amis fut parfois railleur ; mais elle
parut à tous semblable à elle-même, et se montra si bien ce
qu'elle était quand le bonheur la parait de ses rayons, que les
plus insensibles l'admirèrent, comme les jeunes Romaines
applaudissaient le gladiateur qui savait sourire en expirant. Le
monde semblait s'être paré pour faire ses adieux à l'une de
ses souveraines.
- Je tremblais que vous ne vinssiez pas, dit-elle à Rastignac.
- Madame, répondit-il d'une voix émue en prenant ce mot pour un
reproche, je suis venu pour rester le dernier.
- Bien, dit-elle en lui prenant la main. Vous êtes peut-être
ici le seul auquel je puisse me fier. Mon ami, aimez une femme
que vous puissiez aimer toujours. N'en abandonnez aucune.


Dernière édition par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 03:42, édité 2 fois
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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 03:39

LES QUARTIERS RICHES

LE FAUBOURG SAINT-GERMAIN

Quartier de la vieille aristocratie, délimité au Nord par la
Seine, au Sud par la rue de Babylone, à l'Est par la rue du Bac
et à l'Ouest par le boulevard des Invalides,

BALZAC - La Duchesse de Langeais (1833)

Ce que l'on nomme en France le faubourg Saint-Germain n'est ni
un quartier, ni une secte, ni une institution, ni rien qui se
puisse nettement exprimer. La Place Royale, le faubourg
Saint-Honoré, la Chaussée d'Antin possèdent également des
hôtels où se respire l'air du faubourg Saint-Germain. [...]
Les manières, le parler, en un mot la tradition faubourg
Saint-Germain est à Paris, depuis environ quarante ans, ce que
la Cour y était jadis, ce qu'était l'Hôtel Saint-Paul au
quatorzième siècle, le Louvre au quinzième, le Palais,
l'hôtel Rambouillet, la Place Royale au seizième, puis
Versailles au dix-septième et au dix-huitième siècle.
Pour premier trait caractéristique, le faubourg Saint-Germain a
la splendeur de ses hôtels, ses grands jardins, leur silence,
jadis en harmonie avec la magnificence de ses fortunes
territoriales.

BALZAC - Le Père Goriot

Eugène ne connaissait pas le délire de vanité dont
certaines femmes étaient saisies en ce moment, et ne savait pas
que, pour s'ouvrir une porte dans le faubourg Saint-Germain, la
femme d'un banquier était capable de tous les sacrifices. A
cette époque, la mode commençait à mettre au-dessus de toutes
les femmes celles qui étaient admises dans la société du
faubourg Saint-Germain, dites les dames du Petit-Château, parmi
lesquelles madame de Bauséant, son amie la duchesse de Langeais
et la duchesse de Maufrigneuse tenaient le premier rang.
Rastignac seul ignorait la fureur dont étaient saisies les
femmes de la Chaussée-d'Antin pour entrer dans le cercle
supérieur où brillaient les constellations de leur sexe.

LA CHAUSSEE D'ANTIN

Quartier des affaires, des banques, des premiers industriels,
la Chaussée d'Antin regroupe en 1829 620 hôtels particuliers,
dont 420 ont été bâtis au temps de Chabrol de Volvic, préfet
de la Seine de 1812 à 1820.

Dans le Père Goriot, Balzac insiste fortement sur les
différences entre ces deux quartiers :

- la vicomtesse de Bauséant, vieille noblesse, habite le
faubourg Saint-germain
- Monsieur de Restaud, petite noblesse, et Nucingen, le banquier,
habitent à la Chaussée d'Antin

Rastignac a deux voies qui s'ouvrent devant lui :

"Etre jeune, avoir soif du monde, avoir faim d'une femme,
et voir s'ouvrir pour soi deux maisons ! mettre le pied au
faubourg Saint-Germain chez la vicomtesse de Bauséant, le genou
dans la Chaussée d'Antin chez la comtesse de Restaud.

Rastignac mesure la distance qui sépare les deux quartiers :

"A la Chaussée d'Antin, madame de Restaud avait dans sa
cour le fin cabriolet de l'homme de vingt-six ans. Au faubourg
Saint-Germain, attendait le luxe d'un grand seigneur, un
équipage que trente mille francs n'auraient pas payé.

Delphine de Nucingen est prête à tout pour être reçue dans
les soirées du faubourg Saint-Germain. La vicomtesse de
Bauséant déclare à Rastignac :
"Aussi Madame de Nucingen laperait-elle toute la boue qu'il
y a entre la rue Saint-Lazare et la rue de Grenelle pour entrer
dans mon salon. [...]
Si vous me la présentez, vous serez son benjamin, elle vous
adorera. Je la verrai une ou deux fois, en grande soirée, quand
il y aura cohue ; mais je ne la recevrai jamais le matin. Je la
saluerai, cela suffira."


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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 03:49

La pension Vauquer


Un modèle de description balzacienne :

une entrée progressive (cinématographique)


La ville et le quartier

Madame Vauquer, née de Conflans, est une
vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une
pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le
quartier latin et le faubourg Saint-Marceau. Cette pension,
connue sous le nom de la Maison-Vauquer, admet également des
hommes et des femmes, des jeunes gens et des vieillards, sans que
jamais la médisance ait attaqué les moeurs de ce respectable
établissement. Mais aussi depuis trente ans ne s'y était-il
jamais vu de jeune personne, et pour qu'un jeune homme y demeure,
sa famille doit-elle lui faire une bien maigre pension.
Néanmoins, en 1819, époque à laquelle ce drame commence, il
s'y trouvait une pauvre jeune fille. En quelque discrédit que
soit tombé le mot drame par la manière abusive et tortionnaire
dont il a été prodigué dans ces temps de douloureuse
littérature, il est nécessaire de l'employer ici ; non que
cette histoire soit dramatique dans le sens vrai du mot ; mais,
l'oeuvre accomplie, peut-être aura-t-on versé quelques larmes
intra muros et extra. Sera-t-elle comprise au-delà de Paris? le
doute est permis. Les particularités de cette scène pleine
d'observations et de couleurs locales ne peuvent être
appréciées qu'entre les buttes de Montmartre et les hauteurs de
Montrouge, dans cette illustre vallée de plâtras incessamment
près de tomber et de ruisseaux noirs de boue ; vallée remplie
de souffrances réelles, de joies souvent fausses, et si
terriblement agitée qu'il faut je ne sais quoi d'exorbitant pour
y produire une sensation de quelque durée. Cependant il s'y
rencontre çà et là des douleurs que l'agglomération des vices
et des vertus rend grandes et solennelles : à leur aspect, les
égoïsmes, les intérêts, s'arrêtent et apitoient; mais
l'impression qu'ils en reçoivent est comme un fruit savoureux
promptement dévoré. Le char de la civilisation, semblable à
celui de l'idole de Jaggernat, à peine retardé par un coeur
moins facile à broyer que les autres et qui enraye sa roue, l'a
brisé bientôt et continue sa marche glorieuse. Ainsi
ferez-vous, vous qui tenez ce livre d'une main blanche, vous qui
vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant :
Peut-être ceci va-t-il m'amuser. Après avoir lu les secrètes
infortunes du Père Goriot, vous dînerez avec appétit en
mettant votre insensibilité sur le compte de l'auteur, en le
taxant d'exagération, en l'accusant de poésie. Ah! sachez-le :
ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true, il est
si véritable que chacun peut en reconnaître les éléments chez
soi, dans son coeur peut-être.


L'extérieur

La maison où s'exploite la pension bourgeoise
appartient à madame Vauquer. Elle est située dans le bas de la
rue Neuve-Sainte-Geneviève, à l'endroit où le terrain
s'abaisse vers la rue de l'Arbalète par une pente si brusque et
si rude que les chevaux la montent ou la descendent rarement.
Cette circonstance est favorable au silence qui règne dans ces
rues serrées entre le dôme du Val-de-Grâce et le dôme du
Panthéon, deux monuments qui changent les conditions de
l'atmosphère en y jetant des tons jaunes, en y assombrissant
tout par les teintes sévères que projettent leurs coupoles.
Là, Ies pavés sont secs, les ruisseaux n'ont ni boue ni eau,
I'herbe croît le long des murs. L'homme le plus insouciant s'y
attriste comme tous les passants, Ie bruit d'une voiture y
devient un événement, les maisons y sont mornes, les murailles
y sentent la prison. Un Parisien égaré ne verrait là que des
pensions bourgeoises ou des Institutions, de la misère ou de
l'ennui, de la vieillesse qui meurt, de la joyeuse jeunesse
contrainte à travailler. Nul quartier de Paris n'est plus
horrible, ni, disons-le, plus inconnu. La rue
Neuve-Sainte-Geneviève surtout est comme un cadre de bronze, le
seul qui convienne à ce récit, auquel on ne saurait trop
préparer l'intelligence par des couleurs brunes, par des idées
graves ; ainsi que, de marche en marche, le jour diminue et le
chant du conducteur se creuse, alors que le voyageur descend aux
Catacombes. Comparaison vraie ! Qui décidera de ce qui est plus
horrible à voir, ou des coeurs desséchés, ou des crânes vides
?
La façade de la pension donne sur un jardinet, en sorte que la
maison tombe à angle droit sur la rue Neuve-Sainte-Geneviève,
où vous la voyez coupée dans sa profondeur. Le long de cette
façade, entre la maison et le jardinet, règne un cailloutis en
cuvette, large d'une toise, devant lequel est une allée sablée,
bordée de géraniums, de lauriers-roses et de grenadiers
plantés dans de grands vases en fàïence bleue et blanche. On
entre dans cette allée par une porte bâtarde, surmontée d'un
écriteau sur lequel est écrit : MAISON-VAUQUER, et dessous :
Pension bourgeoise des deux sexes et autres. Pendant le jour, une
porte à claire-voie, armée d'une sonnette criarde, laisse
apercevoir au bout du petit pavé, sur le mur opposé à la rue,
une arcade peinte en marbre vert par un artiste du quartier. Sous
le renfoncement que simule cette peinture, s'élève une statue
représentant l'Amour. A voir le vernis écaillé qui la couvre,
les amateurs de symboles y découvriraient peut-être un mythe de
l'amour parisien qu'on guérit à quelques pas de là. Sous le
socle, cette inscription à demi effacée rappelle le temps
auquel remonte cet ornement par l'enthousiasme dont il témoigne
pour Voltaire, rentré dans Paris en 1777 :
Qui que tu sois, voici ton maître :
ll l'est, le fut, ou le doit être.

A la nuit tombante, Ia porte à claire-voie est remplacée par
une porte pleine. Le jardinet, aussi large que la façade est
longue, se trouve encaissé par le mur de la rue et par le mur
mitoyen de la maison voisine, Ie long de laquelle pend un manteau
de lierre qui la cache entièrement, et attire les yeux des
passants par un effet pittoresque dans Paris. Chacun de ces murs
est tapissé d'espaliers et de vignes dont les fructifications
grêles et poudreuses sont l'objet des craintes annuelles de
madame Vauquer et de ses conversations avec les pensionnaires. Le
long de chaque muraille, règne une étroite allée qui mène à
un couvert de tilleuls, mot que madame Vauquer, quoique née de
Conflans, prononce obstinément tieuilles, malgré les
observations grammaticalesde ses hôtes. Entre les deux allées
latérales est un carré d'artichauts flanqué d'arbres fruitiers
en quenouille, et bordé d'oseille, de laitue ou de persil. Sous
le couvert de tilleuls est plantée une table ronde peinte en
vert, et entourée de sièges. Là, durant les jours
caniculaires, Ies convives assez riches pour se permettre de
prendre du café viennent le savourer par une chaleur capable de
faire éclore des oeufs. La façade, élevée de trois étages et
surmontée de mansardes, est bâtie en moellons et badigeonnée
avec cette couleur jaune qui donne un caractère ignoble à
presque toutes les maisons de Paris. Les cinq croisées percées
à chaque étage ont de petits carreaux et sont garnies de
jalousies dont aucune n'est relevée de la même manière, en
sorte que toutes leurs lignes jurent entre elles. La profondeur
de cette maison comporte deux croisées qui, au rez-de-chaussée,
ont pour ornement des barreaux en fer, grillagés. Derrière le
bâtiment est une cour large d'environ vingt pieds, où vivent en
bonne intelligence des cochons, des poules, des lapins, et au
fond de laquelle s'élève un hangar à serrer le bois. Entre ce
hangar et la fenêtre de la cuisine se suspend le garde-manger,
au-dessous duquel tombent les eaux grasses de l'évier. Cette
cour a sur la rue Neuve-Sainte-Geneviève une porte étroite par
où la cuisinière chasse les ordures de la maison en nettoyant
cette sentine à grand renfort d'eau, sous peine de pestilence.


L'intérieur

Naturellement destiné à l'exploitation de la
pension bourgeoise, le rez-de-chaussée se compose d'une
première pièce éclairée par les deux croisées de la rue, et
où l'on entre par une porte fenêtre. Ce salon communique à une
salle à manger qui est séparée de la cuisine par la cage d'un
escalier dont les marches sont en bois et en carreaux mis en
couleur et frottés. Rien n'est plus triste à voir que ce salon
meublé de fauteuils et de chaises en étoffe de crin à raies
altemativement mates et luisantes. Au milieu se trouve une table
ronde, à dessus de marbre Sainte-Anne, décorée de ce cabaret
en porcelaine blanche ornée de filets d'or effacés à demi, que
l'on rencontre partout aujourd'hui. Cette pièce, assez mal
planchéiée, est lambrissée à hauteur d'appui. Le surplus des
parois est tendu d'un papier verni représentant les principales
scènes de Télémaque, et dont les classiques personnages sont
coloriés. Le panneau d'entre les croisées grillagées offre aux
pensionnaires le tableau du festin donné au fils d'Ulysse par
Calypso. Depuis quarante ans cette peintureexcite les
plaisanteries des jeunes pensionnaires, qui se croient
supérieurs à leur position en se moquant du dîner auquel la
misère les condamne. La cheminée en pierre, dont le foyer
toujours propre atteste qu'il ne s'y fait de feu que dans les
grandes occasions, est ornée de deux vases pleins de fleurs
artificielles, vieillies et encagées, qui accompagnent une
pendule en marbre bleuâtre du plus mauvais goût. Cette
première pièce exhale une odeur sans nom dans la langue, et
qu'il faudrait appeler l'odeur de pension. Elle sent le
renfermé, le moisi, le rance ; elle donne froid, elle est humide
au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d'une
salle où l'on a dîné : elle pue le service, l'office,
l'hospice. Peut-être pourrait-elle se décrire si l'on inventait
un procédé pour évaluer les quantités élémentaires et
nauséabondes qu'y jettent les atmosphères catarrhales et sui
generis de chaque pensionnaire, jeune ou vieux. Eh ! bien,
malgré ces plates horreurs, si vous le compariez à la salle à
manger, qui lui est contiguë, vous trouveriez ce salon élégant
et parfumé comme doit l'être un boudoir. Cette salle,
entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte
aujourd'hui, qui forme un fond sur lequel la crasse a imprimé
ses couches de manière à y dessiner des figures bizarres. Elle
est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes
échancrées, ternies, des ronds de moiré métallique, des piles
d'assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus, fabriquées
à Tournai. Dans un angle est placée une boîte à cases
numérotées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou
vineuses, de chaque pensionnaire. Il s'y rencontre de ces meubles
indestructibles, proscrits partout, mais placés là comme le
sont les débris de la civilisation aux Incurables. Vous y
verriez un baromètre à capucin qui sort quand il pleut, des
gravures exécrables qui ôtent l'appétit, toutes encadrées en
bois noir verni à filets dorés ; un cartel en écaille
incrustée de cuivre : un poêle vert, des quinquets d'Argand où
la poussière se combine avec l'huile, une longue table couverte
en toile cirée assez grasse pour qu'un facétieux externe y
écrive son nom en se servant de son doigt comme de styÍe, des
chaises estropiées, de petits paillassons piteux en sparterie
qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis des
chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières
défaites, dont le bois se carbonise. Pour expliquer combien ce
mobilier est vieux. crevassé, pourri, tremblant, rongé,
manchot, borgne, invalide, expirant, ilfaudrait en faire une
description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire,
et que les gens pressés ne pardonneraient pas. Le carreau rouge
est plein de vallées produites par le frottement ou par les
mises en couleur. Enfin, là règne la misère sans poésie ; une
misère économe, concentrée, râpée. Si elle n'a pas de fange
encore, elle a des taches ; si elle n'a ni trous ni haillons,
elle va tomber en pourriture.


L'interaction
lieux-personnages


Eh ! bien, malgré ces plates horreurs, si vous
le compariez à la salle à manger, qui lui est contiguë, vous
trouveriez ce salon élégant et parfumé comme doit l'être un
boudoir. Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en
une couleur indistincte aujourd'hui, qui forme un fond sur lequel
la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des
figures bizarres. Elle est plaquée de buffets gluants sur
lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de
moiré métallique, des piles d'assiettes en porcelaine épaisse,
à bords bleus, fabriquées à Tournai. Dans un angle est placée
une boîte à cases numérotées qui sert à garder les
serviettes, ou tachées ou vineuses, de chaque pensionnaire. Il
s'y rencontre de ces meubles indestructibles, proscrits partout,
mais placés là comme le sont les débris de la civilisation aux
Incurables. Vous y verriez un baromètre à capucin qui sort
quand il pleut, des gravures exécrables qui ôtent l'appétit,
toutes encadrées en bois noir verni à filets dorés ; un cartel
en écaille incrustée de cuivre : un poêle vert, des quinquets
d'Argand où la poussière se combine avec l'huile, une longue
table couverte en toile cirée assez grasse pour qu'un facétieux
externe y écrive son nom en se servant de son doigt comme de
styÍe, des chaises estropiées, de petits paillassons piteux en
sparterie qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis
des chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières
défaites, dont le bois se carbonise. Pour expliquer combien ce
mobilier est vieux. crevassé, pourri, tremblant, rongé,
manchot, borgne, invalide, expirant, ilfaudrait en faire une
description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire,
et que les gens pressés ne pardonneraient pas. Le carreau rouge
est plein de vallées produites par le frottement ou par les
mises en couleur. Enfin, là règne la misère sans poésie ; une
misère économe, concentrée, râpée. Si elle n'a pas de fange
encore, elle a des taches ; si elle n'a ni trous ni haillons,
elle va tomber en pourriture.
[...]
Sa figure fraîche comme une première gelée d'automne, ses yeux
ridés, dont l'expression passe du sourire prescrit aux danseuses
à l'amer renfrognement de l'escompteur, enfin toute sa personne
explique la pension, comme la pension implique sa personne. Le
bagne ne va pas sans l'argousin, vous n'imagineriez pas l'un sans
l'autre. L'embonpoint blafard de cette petite femme est le
produit de cette vie, comme le typhus est la conséquence des
exhalaisons d'un hôpital. Son jupon de laine tricotée, qui
dépasse sa première jupe faite avec une vieille robe, et dont
la ouate s'échappe par les fentes de l'étoffe lézardée,
résume le salon, la salle à manger, le jardinet, annonce la
cuisine et fait pressentir les pensionnaires. Quand elle est là,
ce spectacle est complet. Agée d'environ cinquante ans, madame
Vauquer ressemble à toutes les femmes qui ont eu des malheurs.
Elle a l'oeil vitreux, l'air innocent d'une entremetteuse qui va
se gendarmer pour se faire payer plus cher, mais d'ailleurs
prête à tout pour adoucir son sort, à livrer Georges ou
Pichegru, si Georges ou Pichegru étaient encore à livrer.
Néanmoins, elle est bonne femme au fond, disent les
pensionnaires, qui la croient sans fortune en l'entendant geindre
et tousser comme eux. Qu'avait été monsieur Vauquer? Elle ne
s'expliquait jamais sur le défunt. Comment avait-il perdu sa
fortune ? Dans les malheurs, répondait-elle. Il s'était mal
conduit envers elle, ne lui avait laissé que les yeux pour
pleurer, cette maison pour vivre, et le droit de ne compatir à
aucune infortune, parce que, disait-elle, elle avait souffert
tout ce qu'il est possible de souffrir. En entendant trottiner sa
maîtresse, la grosse Sylvie. La cuisinière, s'empressait de
servir le déjeuner des pensionnaires internes.
alemohanade
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Encore débutant, excusez-moi d'avance
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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 03:54

La pension Vauquer


Un modèle de description balzacienne :

une entrée progressive (cinématographique)


La ville et le quartier

Madame Vauquer, née de Conflans, est une
vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une
pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le
quartier latin et le faubourg Saint-Marceau. Cette pension,
connue sous le nom de la Maison-Vauquer, admet également des
hommes et des femmes, des jeunes gens et des vieillards, sans que
jamais la médisance ait attaqué les moeurs de ce respectable
établissement. Mais aussi depuis trente ans ne s'y était-il
jamais vu de jeune personne, et pour qu'un jeune homme y demeure,
sa famille doit-elle lui faire une bien maigre pension.
Néanmoins, en 1819, époque à laquelle ce drame commence, il
s'y trouvait une pauvre jeune fille. En quelque discrédit que
soit tombé le mot drame par la manière abusive et tortionnaire
dont il a été prodigué dans ces temps de douloureuse
littérature, il est nécessaire de l'employer ici ; non que
cette histoire soit dramatique dans le sens vrai du mot ; mais,
l'oeuvre accomplie, peut-être aura-t-on versé quelques larmes
intra muros et extra. Sera-t-elle comprise au-delà de Paris? le
doute est permis. Les particularités de cette scène pleine
d'observations et de couleurs locales ne peuvent être
appréciées qu'entre les buttes de Montmartre et les hauteurs de
Montrouge, dans cette illustre vallée de plâtras incessamment
près de tomber et de ruisseaux noirs de boue ; vallée remplie
de souffrances réelles, de joies souvent fausses, et si
terriblement agitée qu'il faut je ne sais quoi d'exorbitant pour
y produire une sensation de quelque durée. Cependant il s'y
rencontre çà et là des douleurs que l'agglomération des vices
et des vertus rend grandes et solennelles : à leur aspect, les
égoïsmes, les intérêts, s'arrêtent et apitoient; mais
l'impression qu'ils en reçoivent est comme un fruit savoureux
promptement dévoré. Le char de la civilisation, semblable à
celui de l'idole de Jaggernat, à peine retardé par un coeur
moins facile à broyer que les autres et qui enraye sa roue, l'a
brisé bientôt et continue sa marche glorieuse. Ainsi
ferez-vous, vous qui tenez ce livre d'une main blanche, vous qui
vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant :
Peut-être ceci va-t-il m'amuser. Après avoir lu les secrètes
infortunes du Père Goriot, vous dînerez avec appétit en
mettant votre insensibilité sur le compte de l'auteur, en le
taxant d'exagération, en l'accusant de poésie. Ah! sachez-le :
ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true, il est
si véritable que chacun peut en reconnaître les éléments chez
soi, dans son coeur peut-être.


L'extérieur

La maison où s'exploite la pension bourgeoise
appartient à madame Vauquer. Elle est située dans le bas de la
rue Neuve-Sainte-Geneviève, à l'endroit où le terrain
s'abaisse vers la rue de l'Arbalète par une pente si brusque et
si rude que les chevaux la montent ou la descendent rarement.
Cette circonstance est favorable au silence qui règne dans ces
rues serrées entre le dôme du Val-de-Grâce et le dôme du
Panthéon, deux monuments qui changent les conditions de
l'atmosphère en y jetant des tons jaunes, en y assombrissant
tout par les teintes sévères que projettent leurs coupoles.
Là, Ies pavés sont secs, les ruisseaux n'ont ni boue ni eau,
I'herbe croît le long des murs. L'homme le plus insouciant s'y
attriste comme tous les passants, Ie bruit d'une voiture y
devient un événement, les maisons y sont mornes, les murailles
y sentent la prison. Un Parisien égaré ne verrait là que des
pensions bourgeoises ou des Institutions, de la misère ou de
l'ennui, de la vieillesse qui meurt, de la joyeuse jeunesse
contrainte à travailler. Nul quartier de Paris n'est plus
horrible, ni, disons-le, plus inconnu. La rue
Neuve-Sainte-Geneviève surtout est comme un cadre de bronze, le
seul qui convienne à ce récit, auquel on ne saurait trop
préparer l'intelligence par des couleurs brunes, par des idées
graves ; ainsi que, de marche en marche, le jour diminue et le
chant du conducteur se creuse, alors que le voyageur descend aux
Catacombes. Comparaison vraie ! Qui décidera de ce qui est plus
horrible à voir, ou des coeurs desséchés, ou des crânes vides
?
La façade de la pension donne sur un jardinet, en sorte que la
maison tombe à angle droit sur la rue Neuve-Sainte-Geneviève,
où vous la voyez coupée dans sa profondeur. Le long de cette
façade, entre la maison et le jardinet, règne un cailloutis en
cuvette, large d'une toise, devant lequel est une allée sablée,
bordée de géraniums, de lauriers-roses et de grenadiers
plantés dans de grands vases en fàïence bleue et blanche. On
entre dans cette allée par une porte bâtarde, surmontée d'un
écriteau sur lequel est écrit : MAISON-VAUQUER, et dessous :
Pension bourgeoise des deux sexes et autres. Pendant le jour, une
porte à claire-voie, armée d'une sonnette criarde, laisse
apercevoir au bout du petit pavé, sur le mur opposé à la rue,
une arcade peinte en marbre vert par un artiste du quartier. Sous
le renfoncement que simule cette peinture, s'élève une statue
représentant l'Amour. A voir le vernis écaillé qui la couvre,
les amateurs de symboles y découvriraient peut-être un mythe de
l'amour parisien qu'on guérit à quelques pas de là. Sous le
socle, cette inscription à demi effacée rappelle le temps
auquel remonte cet ornement par l'enthousiasme dont il témoigne
pour Voltaire, rentré dans Paris en 1777 :
Qui que tu sois, voici ton maître :
ll l'est, le fut, ou le doit être.

A la nuit tombante, Ia porte à claire-voie est remplacée par
une porte pleine. Le jardinet, aussi large que la façade est
longue, se trouve encaissé par le mur de la rue et par le mur
mitoyen de la maison voisine, Ie long de laquelle pend un manteau
de lierre qui la cache entièrement, et attire les yeux des
passants par un effet pittoresque dans Paris. Chacun de ces murs
est tapissé d'espaliers et de vignes dont les fructifications
grêles et poudreuses sont l'objet des craintes annuelles de
madame Vauquer et de ses conversations avec les pensionnaires. Le
long de chaque muraille, règne une étroite allée qui mène à
un couvert de tilleuls, mot que madame Vauquer, quoique née de
Conflans, prononce obstinément tieuilles, malgré les
observations grammaticalesde ses hôtes. Entre les deux allées
latérales est un carré d'artichauts flanqué d'arbres fruitiers
en quenouille, et bordé d'oseille, de laitue ou de persil. Sous
le couvert de tilleuls est plantée une table ronde peinte en
vert, et entourée de sièges. Là, durant les jours
caniculaires, Ies convives assez riches pour se permettre de
prendre du café viennent le savourer par une chaleur capable de
faire éclore des oeufs. La façade, élevée de trois étages et
surmontée de mansardes, est bâtie en moellons et badigeonnée
avec cette couleur jaune qui donne un caractère ignoble à
presque toutes les maisons de Paris. Les cinq croisées percées
à chaque étage ont de petits carreaux et sont garnies de
jalousies dont aucune n'est relevée de la même manière, en
sorte que toutes leurs lignes jurent entre elles. La profondeur
de cette maison comporte deux croisées qui, au rez-de-chaussée,
ont pour ornement des barreaux en fer, grillagés. Derrière le
bâtiment est une cour large d'environ vingt pieds, où vivent en
bonne intelligence des cochons, des poules, des lapins, et au
fond de laquelle s'élève un hangar à serrer le bois. Entre ce
hangar et la fenêtre de la cuisine se suspend le garde-manger,
au-dessous duquel tombent les eaux grasses de l'évier. Cette
cour a sur la rue Neuve-Sainte-Geneviève une porte étroite par
où la cuisinière chasse les ordures de la maison en nettoyant
cette sentine à grand renfort d'eau, sous peine de pestilence.
alemohanade
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Encore débutant, excusez-moi d'avance
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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 03:55

L'intérieur

Naturellement destiné à l'exploitation de la
pension bourgeoise, le rez-de-chaussée se compose d'une
première pièce éclairée par les deux croisées de la rue, et
où l'on entre par une porte fenêtre. Ce salon communique à une
salle à manger qui est séparée de la cuisine par la cage d'un
escalier dont les marches sont en bois et en carreaux mis en
couleur et frottés. Rien n'est plus triste à voir que ce salon
meublé de fauteuils et de chaises en étoffe de crin à raies
altemativement mates et luisantes. Au milieu se trouve une table
ronde, à dessus de marbre Sainte-Anne, décorée de ce cabaret
en porcelaine blanche ornée de filets d'or effacés à demi, que
l'on rencontre partout aujourd'hui. Cette pièce, assez mal
planchéiée, est lambrissée à hauteur d'appui. Le surplus des
parois est tendu d'un papier verni représentant les principales
scènes de Télémaque, et dont les classiques personnages sont
coloriés. Le panneau d'entre les croisées grillagées offre aux
pensionnaires le tableau du festin donné au fils d'Ulysse par
Calypso. Depuis quarante ans cette peintureexcite les
plaisanteries des jeunes pensionnaires, qui se croient
supérieurs à leur position en se moquant du dîner auquel la
misère les condamne. La cheminée en pierre, dont le foyer
toujours propre atteste qu'il ne s'y fait de feu que dans les
grandes occasions, est ornée de deux vases pleins de fleurs
artificielles, vieillies et encagées, qui accompagnent une
pendule en marbre bleuâtre du plus mauvais goût. Cette
première pièce exhale une odeur sans nom dans la langue, et
qu'il faudrait appeler l'odeur de pension. Elle sent le
renfermé, le moisi, le rance ; elle donne froid, elle est humide
au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d'une
salle où l'on a dîné : elle pue le service, l'office,
l'hospice. Peut-être pourrait-elle se décrire si l'on inventait
un procédé pour évaluer les quantités élémentaires et
nauséabondes qu'y jettent les atmosphères catarrhales et sui
generis de chaque pensionnaire, jeune ou vieux. Eh ! bien,
malgré ces plates horreurs, si vous le compariez à la salle à
manger, qui lui est contiguë, vous trouveriez ce salon élégant
et parfumé comme doit l'être un boudoir. Cette salle,
entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte
aujourd'hui, qui forme un fond sur lequel la crasse a imprimé
ses couches de manière à y dessiner des figures bizarres. Elle
est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes
échancrées, ternies, des ronds de moiré métallique, des piles
d'assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus, fabriquées
à Tournai. Dans un angle est placée une boîte à cases
numérotées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou
vineuses, de chaque pensionnaire. Il s'y rencontre de ces meubles
indestructibles, proscrits partout, mais placés là comme le
sont les débris de la civilisation aux Incurables. Vous y
verriez un baromètre à capucin qui sort quand il pleut, des
gravures exécrables qui ôtent l'appétit, toutes encadrées en
bois noir verni à filets dorés ; un cartel en écaille
incrustée de cuivre : un poêle vert, des quinquets d'Argand où
la poussière se combine avec l'huile, une longue table couverte
en toile cirée assez grasse pour qu'un facétieux externe y
écrive son nom en se servant de son doigt comme de styÍe, des
chaises estropiées, de petits paillassons piteux en sparterie
qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis des
chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières
défaites, dont le bois se carbonise. Pour expliquer combien ce
mobilier est vieux. crevassé, pourri, tremblant, rongé,
manchot, borgne, invalide, expirant, ilfaudrait en faire une
description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire,
et que les gens pressés ne pardonneraient pas. Le carreau rouge
est plein de vallées produites par le frottement ou par les
mises en couleur. Enfin, là règne la misère sans poésie ; une
misère économe, concentrée, râpée. Si elle n'a pas de fange
encore, elle a des taches ; si elle n'a ni trous ni haillons,
elle va tomber en pourriture.


L'interaction
lieux-personnages


Eh ! bien, malgré ces plates horreurs, si vous
le compariez à la salle à manger, qui lui est contiguë, vous
trouveriez ce salon élégant et parfumé comme doit l'être un
boudoir. Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en
une couleur indistincte aujourd'hui, qui forme un fond sur lequel
la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des
figures bizarres. Elle est plaquée de buffets gluants sur
lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de
moiré métallique, des piles d'assiettes en porcelaine épaisse,
à bords bleus, fabriquées à Tournai. Dans un angle est placée
une boîte à cases numérotées qui sert à garder les
serviettes, ou tachées ou vineuses, de chaque pensionnaire. Il
s'y rencontre de ces meubles indestructibles, proscrits partout,
mais placés là comme le sont les débris de la civilisation aux
Incurables. Vous y verriez un baromètre à capucin qui sort
quand il pleut, des gravures exécrables qui ôtent l'appétit,
toutes encadrées en bois noir verni à filets dorés ; un cartel
en écaille incrustée de cuivre : un poêle vert, des quinquets
d'Argand où la poussière se combine avec l'huile, une longue
table couverte en toile cirée assez grasse pour qu'un facétieux
externe y écrive son nom en se servant de son doigt comme de
styÍe, des chaises estropiées, de petits paillassons piteux en
sparterie qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis
des chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières
défaites, dont le bois se carbonise. Pour expliquer combien ce
mobilier est vieux. crevassé, pourri, tremblant, rongé,
manchot, borgne, invalide, expirant, ilfaudrait en faire une
description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire,
et que les gens pressés ne pardonneraient pas. Le carreau rouge
est plein de vallées produites par le frottement ou par les
mises en couleur. Enfin, là règne la misère sans poésie ; une
misère économe, concentrée, râpée. Si elle n'a pas de fange
encore, elle a des taches ; si elle n'a ni trous ni haillons,
elle va tomber en pourriture.
[...]
Sa figure fraîche comme une première gelée d'automne, ses yeux
ridés, dont l'expression passe du sourire prescrit aux danseuses
à l'amer renfrognement de l'escompteur, enfin toute sa personne
explique la pension, comme la pension implique sa personne. Le
bagne ne va pas sans l'argousin, vous n'imagineriez pas l'un sans
l'autre. L'embonpoint blafard de cette petite femme est le
produit de cette vie, comme le typhus est la conséquence des
exhalaisons d'un hôpital. Son jupon de laine tricotée, qui
dépasse sa première jupe faite avec une vieille robe, et dont
la ouate s'échappe par les fentes de l'étoffe lézardée,
résume le salon, la salle à manger, le jardinet, annonce la
cuisine et fait pressentir les pensionnaires. Quand elle est là,
ce spectacle est complet. Agée d'environ cinquante ans, madame
Vauquer ressemble à toutes les femmes qui ont eu des malheurs.
Elle a l'oeil vitreux, l'air innocent d'une entremetteuse qui va
se gendarmer pour se faire payer plus cher, mais d'ailleurs
prête à tout pour adoucir son sort, à livrer Georges ou
Pichegru, si Georges ou Pichegru étaient encore à livrer.
Néanmoins, elle est bonne femme au fond, disent les
pensionnaires, qui la croient sans fortune en l'entendant geindre
et tousser comme eux. Qu'avait été monsieur Vauquer? Elle ne
s'expliquait jamais sur le défunt. Comment avait-il perdu sa
fortune ? Dans les malheurs, répondait-elle. Il s'était mal
conduit envers elle, ne lui avait laissé que les yeux pour
pleurer, cette maison pour vivre, et le droit de ne compatir à
aucune infortune, parce que, disait-elle, elle avait souffert
tout ce qu'il est possible de souffrir. En entendant trottiner sa
maîtresse, la grosse Sylvie. La cuisinière, s'empressait de
servir le déjeuner des pensionnaires internes.
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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 04:00

LES LIEUX DANS LE PERE GORIOT

LA PROVINCE

VISION DU NARRATEUR à travers l'oeil de Rastignac

Eugène avait subi cet apprentissage à son insu, quand il partit en vacances, après avoir été reçu bachelier ès-Lettres et bachelier en Droit. Ses illusions d'enfance, ses idées de province avaient disparu. Son intelligence modifiée, son ambition exaltée lui firent voir juste au milieu du manoir paternel, au sein de la famille. Son père, sa mère, ses deux frères, ses deux soeurs, et une tante dont la fortune consistait en pensions, vivaient sur la petite terre de Rastignac. Ce domaine d'un revenu d'environ trois mille francs était soumis à l'incertitude qui régit le produit tout industriel de la vigne, et néanmoins il fallait en extraire chaque année douze cents francs pour lui. L'aspect de cette constante détresse qui lui était génèreusement cachée, la comparaison qu'il fut forcé d'établir entre ses soeurs, qui lui semblaient si belles dans son enfance. et les femmes de Paris, qui lui avaient réalisé le type d'une beauté révée, l'avenir incertain de cette nombreuse famille qui reposait sur lui, la parcimonieuse attention avec laquelle il vit serrer les plus minces productions, la boisson faite pour sa famille avec les marcs du pressoir, enfin une foule de circonstances inutiles à consigner ici décuplèrent son désir de parvenir et lui donnèrent soif des distinctions.

VISION DE VAUTRIN comme prélude à sa tentative de corruption

A nous deux ! Voici votre compte. jeune homme. Nous avons, Ià bas, papa, maman, grand'tante, deux soeurs (dix-huit et dix-sept ans), deux petits frères (quinze et dix ans), voilà le contrôle de l'équipage. La tante élève vos soeurs. Le curé vient apprendre le latin aux deux frères. La famille mange plus de bouillie de marrons que de pain blanc, le papa ménage ses culottes, maman se donne à peine une robe d'hiver et une robe d'été, nos soeurs font comme elles peuvent. Je sais tout, j'ai été dans le Midi. Les choses sont comme cela chez vous, si l'on vous envoie douze cents francs par an, et que votre terrine ne rapporte que trois mille francs. Nous avons une cuisinière et un domestique, il faut garder le décorum, papa est baron. Quant à nous, nous avons de l'ambition. nous avons les Beauséant pour alliés et nous allons à pied, nous voulons la fortune et nous n'avons pas le sou, nous mangeons les ratatouilles de maman Vauquer et nous aimons les beaux dîners du faubourg Saint-Germain, nous couchons sur un grabat et nous voulons un hôtel ! Je ne blâme pas vos vouloirs. Avoir de l'ambition, mon petit coeur, ce n'est pas donné à tout le monde. Demandez aux femmes quels hommes elles recherchent, Ies ambitieux. Les ambitieux ont les reins plus forts, Ie sang plus riche en fer, Ie coeur plus chaud que ceux des autres hommes. Et la femme se trouve si heureuse et si belle aux heures où elle est forte. qu'elle préfère à tous les hommes celui dont la force est énorme, fût-elle en danger d'être brisée par lui. Je fais l'inventaire de vos désirs afin de vous poser la question. Cette question. Ia voici. Nous avons une faim de loup, nos quenottes sont incisives, comment nous y prendrons-nous pour approvisionner la marmite ?

LA CHAMBRE DE GORIOT

Eugène, qui se trouvait pour la première fois chez le père Goriot, ne fut pas maître d'un mouvement de stupéfaction en voyant le bouge où vivait le père, après avoir admiré la toilette de la fille. La fenêtre était sans rideaux; le papier de tenture collé sur les murailles s'en détachait en plusieurs endroits par l'effet de l'humidité, et se recroquevillait en laissant apercevoir le plâtre jauni par la fumée. Le bonhomme gisait sur un mauvais lit, n'avait qu'une maigre couverture et un couvre-pied ouaté fait avec les bons morceaux des vieilles robes de madame Vauquer. Le carreau était humide et plein de poussière. En face de la croisée se voyait une de ces vieilles commodes en bois de rose à ventre renflé, qui ont des mains en cuivre tordu en façon de sarments décorés de feuilles ou de fleurs; un vieux meuble à tablette de bois sur lequel était un pot à eau dans sa cuvette et tous les ustensiles nécessaires pour se faire la barbe. Dans un coin, les souliers; à la tête du lit, une table de nuit sans porte ni marbre; au coin de la cheminée, où il n'y avait pas trace de feu, se trouvait la table carrée, en bois de noyer, dont la barre avait servi au père Goriot à dénaturer son écuelle en vermeil. Un méchant secrétaire sur lequel était le chapeau du bonhomme, un fauteuil foncé de paille et deux chaises complétaient ce mobilier misérable. La flèche du lit, attachée au plancher par une loque, soutenait une mauvaise bande d'étoffes à carreaux rouges et blancs. Le plus pauvre commissionnaire était certes moins mal meublé dans son grenier, que ne l'était le père Goriot chez madame Vauquer. L'aspect de cette chambre donnait froid et serrait le coeur, elle ressemblait au plus triste logement d'une prison. Heureusement Goriot ne vit pas l'expression qui se peignit sur la physionomie d'Eugène quand celui-ci posa sa chandelle sur la table de nuit. Le bonhomme se tourna de son côté en restant couvert jusqu'au menton.
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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 04:31

La Comédie humaine

La Comédie humaine est un ensemble d’ouvrages d’Honoré de Balzac, composé de 137 œuvres[1] comprenant des romans réalistes, fantastiques, ou philosophiques. Mais aussi des contes, des essais, des études analytiques, des nouvelles parfois regroupées sous un seul titre selon les éditions. Les textes sont classés par milieux sociaux, par lieux géographiques, ou par catégories psychologiques (Scènes de la vie privée, Scènes de la vie de province) réunis dans des ensembles génériques (Études de mœurs, Études analytiques, Études philosophiques). L’écriture de l’ensemble s’échelonne de 1831, avec la Peau de chagrin, à 1850, avec les ouvrages inachevés à sa mort et complétés par Charles Rabou le Député d'Arcis (1854), les Petits bourgeois de Paris, (1856), le Comte de Sallenauve, (1856), et aussi les Paysans publié en 1854 par sa veuve, Évelyne Hanska.

L’ambition de l’auteur était de décrire de façon quasi-exhaustive la société qui l’entourait, construisant ainsi un édifice qui pourrait « faire concurrence à l’état civil ». Il voulait enfermer toute son époque dans sa Comédie humaine. Toutefois, en 1837, le titre qu’il envisage pour son œuvre est Études sociales, qui deviendra La Comédie Humaine en 1842, en référence à Dante[2].

L’idée de relier entre eux les récits en faisant revivre les protagonistes de chaque roman ou nouvelle ne vient à Balzac qu’en 1835 avec le Père Goriot où l’on voit reparaître pour la deuxième fois l’important Eugène de Rastignac déjà présenté en 1832 dans Étude de femme et Autre étude de femme publié alors sous le titre Une conversation entre onze heures et minuit inséré dans les Contes bruns. Balzac se ravisait souvent dans ses classements, et ses titres. Il pouvait rattacher Le Message à la Grande Bretèche, puis publier les deux textes de façon autonome[3]. Le Colonel Chabert ne paraît sous sa forme définitive qu’en 1844 après une première version publiée en 1832, sous le titre la Transaction. La Maison du chat-qui-pelote fut d’abord intitulé Gloire et Malheur en première publication 1830 et le texte connut 4 autres éditions et autant de remaniements jusqu’à la dernière édition Furne qui fut elle même corrigée indéfiniment et qui parut sous le titre : La Maison du chat-qui-pelote[4]. On aura une idée de la multiplicité des avatars des éléments de la Comédie humaine en consultant les notices de chaque titre et l’historique de chaque publication, avec les innombrables remaniements que Balzac apportait jusqu’à se ruiner en frais d’imprimerie pour la révision des bons à tirer[5]. Balzac pouvait certainement écrire vite, beaucoup et inlassablement. On raconte que c’est en une seule nuit, chez son amie Zulma Carraud à La Poudrerie d’Angoulême, qu’il écrivit la Grenadière[6] et selon Zulma Carraud : « La Grenadière, cette jolie perle, fut écrite en jouant au billard. Il quittait le jeu, me priant de l’excuser, et griffonnait sur un coin de table, puis revenait à la partie pour la quitter bientôt »

Dès 1834, Balzac conçoit la structure de la comédie humaine comme un édifice en trois parties :

« à la base de l’édifice : les Études de mœurs représentent les effets sociaux. La seconde assise est les Études philosophiques, car, après les effets viendront les causes. Puis, après les effets et les causes, doivent se chercher les principes. Les mœurs sont dans le spectacle, les causes sont dans les coulisses et les machines. Les principes, c’est l’auteur, mais, à mesure que l’œuvre gagne en spirales les hauteurs de la pensée, elle se mesure et se condense.[8] »

Pourtant, dans chaque œuvre de la Comédie Humaine, les effets, les causes et les principes sont sans cesse mêlés comme si chaque roman était construit sur le principe de l’édifice général. Dans le Lys dans la vallée, l’histoire d’amour d’Henriette de Mortsauf et Félix de Vandenesse se déroule au plan des « effets », l’analyse des causes de l’échec apparent de cet amour se rapporte aux « principes » puisés dans la peinture de l’enfance conçue comme caractère et comme destin[9].
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Message par alemohanade le Mar 04 Mar 2008, 04:31

Les Études de mœurs offrent l’histoire générale de la société, Mais les
Études philosophiques composées de romans, de contes de nouvelle
fantastiques sont pour Balzac la clé qui permet de comprendre
l’ensemble de son œuvre. Il leur accordait une énorme importance et ce
n’est pas par hasard si le grand succès lui arriva avec la Peau de
chagrin. Selon lui :

« Cette œuvre reliait les études de mœurs aux études
philosophiques par l’anneau d’une fantaisie presqu’orientale où la vie
elle-même est prise avec le Désir, principe de toute passion.[10] »

L’écriture et le talent balzacien

Honoré de Balzac emploie une méthode que Marcel Proust[11] appelait «
l’éclairage rétrospectif » à savoir : le passé d’un personnage n’est
révélé que longtemps après sa présentation, ce qui donne un souffle de
vie et un supplément de mystère à ses romans et nouvelles. Jacques
Collin, apparu dans le Père Goriot, se précise sous le nom de l’abbé
Carlos Herrera dans Splendeurs et misères des courtisanes. La
vicomtesse de Beauséant dont on voit le triste échec dans la Femme
abandonnée aura été une séductrice tout au long de la Comédie humaine.
La princesse de Cadignan (autrement appelée duchesse de Maufrigneuse
dans les Secrets de la princesse de Cadignan), ne cesse d’être
précisée, montrée sous tous les angles, même celui le plus généreux et
inattendu dans le Cabinet des Antiques.

Balzac utilise aussi le principe du narrateur, comme si l’auteur du
roman reproduisait le récit que lui aurait fait quelqu’un d’autre. Cela
permet une mise en perspective de plusieurs lieux à la fois élargissant
ainsi le panorama avec des histoires dans l’histoire (récits
enchâssés). Balzac part de l’environnement immédiat du narrateur
(salon, auberge, campagne), et il déroule le fil de son récit avec des
retours et des questions posés au narrateur par les personnages qui
l’entourent, introduisant suspense ou remarques philosophiques. Le
médecin Horace Bianchon est le narrateur de la Grande Bretèche, le
journaliste et écrivain Émile Blondet est témoin et narrateur
intermittent dans le Cabinet des Antiques, Hermann, un négociant
allemand, est le narrateur et le décrypteur du crime de l'Auberge rouge.

Balzac est également scénographe, costumier, régisseur. Les minutieuses
descriptions de l’ameublement d’une maison, des costumes des
personnages jusque dans les moindres détails (Balzac emploie les termes
les plus précis que ce soit pour la passementerie, les étoffes,
l’architecture d’intérieur ou d’extérieur) sont celles d’un
scénographe. L’auteur de la Comédie humaine plante ses décors avec un
soin presque maniaque ce qui explique l’engouement des metteurs en
scène pour ses textes, souvent adaptés à l’écran (télévision et cinéma)
(voir Films basés sur l'œuvre d'Honoré de Balzac).

S’il est vrai que l’on peut lire séparément chaque ouvrage de la
Comédie humaine et l’apprécier comme tel, il reste certain que chacun
ne prend sa profondeur et ses arrières-plans de signification que si on
le replace dans le contexte de l’Œuvre entière.[12]

Les innombrables « explorateurs » de la Comédie humaine qui se sont
succédé depuis Charles de Spoelberch de Lovenjoul à nos jours, d' Ethel
Preston[13]à Marcel Bouteron[14]de S.Rogers[15]à Maurice Bardèche[16]de
Pierre-Georges Castex[17]à Michel Butor[18], et ceux qui continuent à
le faire, n’en finissent pas de découvrir toute les ressources de
l’immense « conte » que représente cet ensemble, un « poème »
comparable à ceux d’Homère et, bien sûr de Dante.[19]

On s’est longtemps trompé sur Balzac en le prenant par exemple pour un
romancier uniquement réaliste, parce qu’on croyait pouvoir en juger
d’après trois ou quatre « chefs-d'œuvre » isolés de l’ensemble. C’était
une erreur [20], car il n’est possible d’approcher son secret que si
l’on pénètre dans l’immensité de l’œuvre globale et si on l’explore
toute entière. Elle prend alors ses véritables proportions et ce
caractère « visionnaire » que Baudelaire fut le premier à signaler. [21]

La Comédie humaine, née spontanément et soumise après coup à un «
programme » est bien un édifice unique [22], une sorte de labyrinthe
fléché où chaque personnage nous indique la direction d’un autre. Ce
parcours non linéaire peut être suivi pendant un temps, abandonné, et
repris longtemps plus tard . Il accompagne toute une vie.
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Message par Invité le Mer 05 Mar 2008, 00:47

la condition des femmes et le mariage a travers le pere goriot ?

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Message par fifi2100 le Mer 05 Mar 2008, 08:29

svp je vx le contexte historique du roman...c tres urgent
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Message par kathieu le Dim 09 Mar 2008, 12:51

je voudrais bien l'arrivisme et l'ambition dans l'oeuvre du père GORIOT
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Message par 3abiraljanah le Dim 09 Mar 2008, 18:42

slt
Merci mes amies de votre effores
[i]

continuez
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Message par elham le Lun 10 Mar 2008, 15:10

I want summrize chaper one of Le Père Goriot

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Message par miss-leila le Ven 28 Mar 2008, 07:15

salut les jeunes
est ce que vous connaissez un lien ou je peux voir le film du "père goriot"

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